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L'interview de Marcello Quintanilha

Marcello Quintanilha (Fauve d’Or 2022)
“La bande dessinée française est quelque chose de très présent dans ma vie”

Le lauréat du Fauve d’or du meilleur album du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême 2022, Marcello Quintanilha revient sur l’attribution de son Prix avec enthousiasme. Écoute, jolie Marcia relate le combat d’une mère brésilienne des favelas pour sauver sa fille de la dérive.

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Quand êtes-vous venu pour la première fois au Festival d’Angoulême ?

C’était en 2016, l’année où j’ai reçu le prix Polar SNCF pour mon album Tungstène. Pour tous ceux qui sont intéressés ou qui travaillent dans la bande dessinée, le Festival est un moment important. C’était un rêve de pouvoir venir à Angoulême et c’était encore plus intense car j’avais reçu ce prix. C’était incroyable. Pendant le Festival, les gens sont toujours très agréables, notamment les lecteurs de mes albums. Les relations sont toujours intenses. Pour moi, c’est toujours magnifique !

Le festival d’Angoulême a-t-il une saveur particulière pour un auteur brésilien ?

Bien sûr. Surtout pour un travail comme le mien qui se base sur la culture et la littérature brésiliennes. Mon œuvre est fondamentalement ancrée dans la culture brésilienne. C’est magnifique que mes albums puissent toucher des personnes qui n’ont pas connaissance de la vie au Brésil. En plus, ils ont une dimension universelle. C’est incroyable ! Incroyable !

"Je ne pouvais pas m’imaginer un jour recevoir un prix à Angoulême. Ce n’est pas seulement une reconnaissance, c’est quelque chose de beaucoup plus profond.”


Vous avez donc obtenu le Fauve Polar SNCF pour Tungstène en 2016, quels souvenirs en gardez-vous ?

C’est très difficile à dire. Je ne pouvais pas m’imaginer un jour recevoir un prix à Angoulême. Ce n’est pas seulement une reconnaissance, c’est quelque chose de beaucoup plus profond. Mon travail, qui n’a rien à voir avec la culture française, réussit à toucher les gens de manière très forte, c’est incroyable. Ce n’est pas facile à décrire comme sentiment. C’est en tout cas quelque chose de très fort, un grand souvenir. Je travaille avant tout sur les aspects humains des personnages. L’humanité souffre des mêmes problèmes, a les mêmes inquiétudes et il est donc facile de s’identifier aux personnages de Tungstène.

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Pourriez-vous nous présenter Marcia ? Comment la définiriez-vous ?

Marcia représente l’amour maternel. Je voulais réaliser un album autour d’une mère qui devait prendre une grave décision pour sauver sa fille. Pourtant, ce n’est pas une femme forte. Elle ne savait pas qu’elle pouvait découvrir sa propre fragilité. C’est une femme qui rencontre sa propre humanité et sa propre fragillité grâce à Ecoute, jolie Marcia, une chanson du XIXe siècle très populaire au Brésil. La culture populaire brésilienne est un métissage de nombreuses influences du monde entier. La possibilité de rencontrer cette chanson, donne à ce personnage la possibilité de se rencontrer et se découvrir.

Existe-t-il une véritable Marcia dans votre vie ?

Non, cette femme est un personnage de fiction. Tous mes personnages sont des personnages de fiction parce que je ne veux pas être emprisonné dans leur biographie. J’ai besoin d’écrire entièrement l’histoire.

Dans vos précédents ouvrages, comme dans Écoute, jolie Marcia, les favelas sont le théâtre de vos intrigues. En quoi ces lieux sont-ils fondamentaux pour vous ?

La vie brésilienne est fondamentale pour moi. La favela à Rio, elle n’est pas en périphérie, elle est dans le centre-ville. Les inégalités sont donc au cœur de la ville. Tout le monde peut les voir. On peut toucher la pauvreté. Si on vit à Rio, on ne peut pas dire qu’on ne sait pas ce qui se passe dans une favela. Les inégalités, c’est une part essentielle de la constitution de la société brésilienne. On devrait tout faire pour que ça change et le plus vite possible.

Que pourriez-vous nous dire des relations entre Marcia et sa fille, Jacqueline ?

Ce n’est pas une relation qui existe uniquement au Brésil. C’est une relation que l’on peut retrouver dans beaucoup de familles. Une mère comme Marcia, elle a la nécessité de sauver cette relation et sa fille n’est pas capable de le comprendre. Graphiquement, les deux personnages sont identiques. Parfois, quand Marcia parle à Jacqueline, elle se parle à elle-même. Lorsque Marcia parle à Alusio de son souhait de ne pas avoir de relation avec lui, elle parle comme Jacqueline. C’est pour cela que la relation mère-fille est complexe. Les relations humaines sont toujours très complexes. Je voulais créer une histoire avec deux personnages faits de la même matière, qui sont presque identiques. Elles ne se séparent jamais très longtemps.

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“Il n’y pas beaucoup d’artistes qui ont eu la chance de recevoir un prix comme celui-ci.”

Que représente le Fauve d’or du meilleur album pour vous ?

C’est très difficile à décrire. Mais recevoir le Fauve d’or, c’est comme la première fois avec le prix pour Tungstène : c’est quelque chose de complètement nouveau. Il n’y pas beaucoup d’artistes qui ont eu la chance de recevoir un prix comme celui-ci. C’est le summum de ce qui peut arriver dans sa carrière. Encore aujourd’hui, j’ai besoin d’un peu de temps pour le digérer.

Est-ce que ces deux prix vous connectent encore plus à la France ?

C’est certain. La bande dessinée française est quelque chose de très présent dans ma vie. Ce sont les auteurs de bande dessinée franco-belges qui m’ont le plus influencés, notamment François Boucq, E.P. Jacobs ou François Schuiten.


Entretien réalisé le jeudi 9 juin 2022.