49e ÉDITION – 27 JANVIER > 30 JANVIER 2022
 
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Les trois auteur.rice.s en lice pour le Grand Prix 2021

Depuis 2014, le Grand Prix du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême est attribué à la suite d’un vote de la communauté des autrices et auteurs professionnels de bande dessinée. Le premier temps de la désignation du Grand Prix 2021 qui s’est déroulé du 27 mai au 1er juin, vient de se clore.

Une large majorité d’autrices et d’auteurs ont participé à cette élection en votant pour l’un de leurs pairs. Le Festival tient à les en remercier tout particulièrement. Il est en effet est très attaché à ce Prix qui vient promouvoir auprès du public une ou un artiste pour l’ensemble de son œuvre et son empreinte sur l’histoire de la bande dessinée.

Certain·e·s ont fait le choix d’un vote protestataire (qui ne pouvait être comptabilisé, dès lors qu’il ne se portait pas sur une autrice ou un auteur de bande dessinée) dans le but d’attirer de nouveau l’attention des pouvoirs publics sur les conditions dans lesquelles les autrices et auteurs exercent leur profession.


Découvrez les trois auteur.rice.s (par ordre alphabétique) pour le Grand Prix 2021 !

Le lauréat sera dévoilé le mercredi 23 juin.


Portrait Penelope Bagieu2©SimoneEusebio
Pénélope Bagieu - photo © Simone Eusebio

Pénélope Bagieu

Née en 1982 à Paris, Pénélope Bagieu poursuit des études à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris, puis au Central Saint Martins College of Art and Design de Londres, au cours desquelles elle réalise un court métrage d’animation, Fini de rire, qui lui vaut plusieurs nominations dans des festivals. Illustratrice pour la presse et pour la publicité, elle lance également un blog dessiné en 2007, « Ma vie est tout à fait fascinante », dans lequel une certaine Pénélope Jolicoeur raconte, avec malice et humour, sa vie quotidienne. 

S’intéressant de près aux destins de femmes – Joséphine, Cadavre exquis - Pénélope Bagieu creuse ensuite plus précisément le genre de la biographie avec California dreamin’ (Harvey Award 2018), plongée dans les débuts de la chanteuse du groupe The Mamas and the Papas, jusqu’au succès de la chanson mythique qui a donné son nom à la bande dessinée. Préalablement diffusée sur un blog hébergé par Le Monde, sa série Culottées retrace les parcours de trente femmes indomptables de tous les continents qui ont bravé des interdits. L’actrice y creuse son art du portrait, et reçoit pour la série le prix Eisner au Comicon de San Diego. Poursuivant son investigation militante des mythes féminins, la dessinatrice a adapté en 2020 Sacrées Sorcières de Roald Dahl pour la jeunesse, proposant par ce biais une réinterprétation de son choc littéraire d’enfant.



portrait Catherine Meurisse Nicolas Trouillard
Catherine Meurisse - photo © Nicolas Trouillard

Catherine Meurisse

Embauchée à Charlie Hebdo en 2005, à 25 ans, alors qu’elle est tout juste diplômée des Arts Déco, Catherine Meurisse débute sa carrière par la bande dessinée d’humour. L’histoire de l’art et la littérature sont ses terrains de jeux préférés et au fil de ses différents albums – Mes hommes de lettres, Le pont des Arts, Moderne Olympia –, elle offre une relecture érudite et irrévérencieuse de la culture française.

Cette fine critique se pose aussi en observatrice du monde contemporain. Son trait vif et malin sublime ses albums pleins de fantaisie, mais sait aussi se faire précis et fouillé lorsqu’il s’agit de reproduire des œuvres d’art. Après l’attentat de Charlie Hebdo, auquel elle échappe, Catherine Meurisse met de côté son rôle de spectatrice critique. Se posant la question de l’identité, elle ne cherche plus à se cacher derrière l’art même si elle va alors rechercher « la beauté comme antidote à l’horreur ». Elle devient un personnage vivant et incarné de ses bandes dessinées, se reconstruisant en plaçant sa propre personne au cœur de ses récits – sans pour autant abandonner l’humour.

Dans La légèreté, Catherine Meurisse se met en scène sans masque, expliquant comment elle utilise l’art pour se retrouver, se sortir du chaos. Son approche picturale évolue. Elle se dessine dans des décors sereins, où le beau règne (musées, paysages dépouillés). Son trait comme libéré se fait virtuose et onirique. Une approche plastique qu’elle développe encore dans Les Grands espaces, autre récit autobiographique et très personnel qui revient sur son enfance à la campagne, où, bien entendu, les livres et l’art sont aussi formateurs que la nature.

Catherine Meurisse est désormais une artiste qui utilise la bande dessinée comme lieu où comprendre son rapport au monde. En 2019 paraît Delacroix, adaptation graphique toute personnelle des mémoires d'Alexandre Dumas relatant son amitié avec le peintre Eugène Delacroix. Dans La Jeune femme et la mer (2021), la rencontre entre une dessinatrice française, un peintre japonais et une jeune femme mystérieuse dans une auberge thermale du sud du Japon est un prétexte pour questionner notre rapport à la nature. Élue à l’Académie des Beaux-arts en 2020, Catherine Meurisse est la première femme, depuis le XVIIIe siècle, à intégrer la section Peinture de cette institution. Première autrice de bande dessinée à s'installer sous la Coupole, elle permet au 9e art de faire son entrée à l’Institut de France.



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Chris Ware - photo © Seth Kushner

Chris Ware

Né en 1967 à Omaha (États-Unis), Chris Ware est publié très tôt dans RAW, la revue d’avant-garde d’Art Spiegelman et Françoise Mouly. Il entame au début des années 1990 une œuvre d’envergure avec la série des Acme Novelty, vraie-fausse revue à la forme et à la pagination changeante qui installe les personnages bientôt fameux de l’auteur : Quimby the Mouse, Rusty Brown et surtout Jimmy Corrigan. Tous se démarquent par leur timidité, par leur fragilité et par l’empathie immédiate qu’ils suscitent chez le lecteur…

Depuis 25 ans, c’est ainsi une œuvre originale, qui oscille entre une douce mélancolie et une profonde tristesse, que propose Chris Ware, s’attachant toujours à regarder au microscope le quotidien de ses personnages et leurs gestes les plus dérisoires. Par ailleurs, ses livres se distinguent par leur générosité, avec un graphisme immédiatement reconnaissable et une fabrication soignée. La force et la densité de cette œuvre n’ont jamais échappé à la critique. Salué à chaque nouvelle parution, Chris Ware a reçu de très nombreux prix, dont 28 Harvey Awards et 22 Eisner Awards. L’auteur publie en 2012 le remarqué Building Stories, un livre-objet impressionnant constitué d’une quinzaine de livres de formats divers pouvant être lus dans un ordre choisi par le lecteur – ce dernier livre a reçu le Prix Spécial du Jury au Festival d’Angoulême en 2013. Fin 2020 est paru aux Éditions Delcourt son nouvel ouvrage, déjà paru aux États-Unis, Rusty Brown, qui figurait parmi les ouvrages en Sélection Officielle du Festival.