49e ÉDITION – 27 JANVIER > 30 JANVIER 2022
 
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49e ÉDITION – 27 JANVIER > 30 JANVIER 2022
fibd2021 affiche generale

Une affiche à quatre mains pour un Festival dédoublé

INTERVIEW CROISÉE DE CHLOÉ WARY ET WILLY OHM

À l’image de la 48e édition du Festival, son affiche a été pensée en deux volets. Elle a été réalisée par Chloé Wary et Willy Ohm, un duo inédit aux visions complémentaires. Vous êtes les premiers artistes à signer une affiche du Festival international de Ia Bande Dessinée d’Angoulême à quatre mains. Comment avez-vous travaillé autour de ce diptyque ?

Willy Ohm : Nous ne nous connaissions pas Chloé et moi. Nous avons été mis en relation par les directeurs artistiques du Festival. Et malgré les quelques années de différence qui nous séparent, nous avons beaucoup de références et d’influences communes. Nous nous sommes ainsi très bien entendus. Nous avons échangé tout au long du processus, pour trouver une direction commune, tout en cherchant à garder nos univers respectifs.

Chloé Wary : Oui, c’était intense. C’est toujours très excitant de relever ce genre de défis ! On sent dans le résultat final que nous avons dessiné ce que nous aimons. Nous nous sommes vraiment amusés chacun de notre côté, en imaginant ce que l’autre allait proposer en réponse. Personnellement, j’étais impatiente de voir les petits personnages de Willy jaillissant du mien. Et ce globe, c’est un peu comme une signature à quatre mains !


Quelles ont été vos différentes pistes de travail avant d’arriver au résultat final ?

C. W. : Au début, nous étions partis sur une idée de puzzle, avec beaucoup de motifs. Nous cherchions à évoquer le Festival sous toutes ses formes. En dialoguant, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait trop d’infos, que cela n’était pas assez percutant. Nous avons donc canalisé nos idées, et trouvé une autre façon de faire le lien, en nous recentrant sur nos univers respectifs.

W. O. : Les premières recherches de Chloé présentaient les lecteurs portant des masques. Je lui ai dit tout de suite que cela me déprimait un peu. C’était trop concret... Pour moi, même si cette période est compliquée et bien pourrie, je voulais avant tout véhiculer un message de fête, de partage et de joie. À partir du moment où Chloé a fait son personnage pleine page avec la boule de feu, j’ai eu l’idée de la faire exploser de l’autre côté. J’ai fait mon rough en bleu et rose, des couleurs que j’utilise très souvent. Comme je trouve les ciels au feutre réalisés par Chloé très élégants, je lui ai proposé que nous les utilisions comme fond pour nos deux dessins. En ajoutant des petites bulles très simples et graphiques, disséminées un peu partout, cela nous donnait un liant permettant de mieux faire coexister nos deux univers.


Cette boule de feu, c’est un peu comme une boule d’énergie qui va booster l’ensemble du Festival ?

W. O. : Nous voulions un truc qui pète, plein d’énergie, pour essayer de raconter autre chose que la déprime ambiante actuelle. Je pense que nous avons des références communes avec Chloé, qui a proposé cette idée de boule de feu. Comme je suis un grand fan de Dragon Ball, j’ai été emballé immédiatement ! Après, dans la symbolique, il s’agit pour moi de la préparation d’une boule de feu qui est encore un peu contrainte dans l’image de Chloé – comme le sera l’édition du Festival en janvier 2021 –, et une explosion de fun et de truc cools pour l’édition de juin, si toutes les conditions sont réunies bien entendu.

C. W. : Je me suis bien sûr inspirée du Kaméhaméha : une grosse boule d’énergie, sur le point d’exploser, mais quand même contenue et réprimée, puisque le premier temps du Festival, en janvier, ne pourra pas recevoir beaucoup de public. C’est donc comme un sentiment de frustration, une énergie forcée d’être canalisée, disciplinée. On peut aussi y voir un petit clin d’œil au football, mon autre passion.
Même si cela me rend triste de parler de foot alors qu’on ne peut plus jouer.


Vous avez également su associer des techniques de travail différentes...

C. W. : Absolument. Je travaille au feutre. Je suis très attachée au rendu graphique texturé. J’aime bien le côté artisanal de la méthode traditionnelle ; dessiner sur du papier, colorier, remplir tout le blanc du format, le saturer. Il faut être assez sûr de soi au moment de l’encrage. Tu n’as pas non plus le droit à l’erreur sur la mise en couleur ; il n’y a pas de « contrôle Z » et tu ne peux pas recommencer vingt fois. Il y a à la fois une pression et un lâcher-prise car, à un moment, il faut bien se lancer.

W. O. : De mon côté, je travaille tout en numérique sur Clip Studio Paint. J’y suis passé depuis que j’œuvre plus souvent dans l’animation que dans la BD, notamment après avoir commencé à travailler sur Le Monde incroyable de Gumball. Auparavant, j’étais très radical sur le côté « beaux originaux faits à la main » ; je suis par exemple admiratif du travail de Chris Ware et de son niveau de précision. Le numérique m’a facilité la tâche sur certains aspects. La précision du rendu, les formes très pures, le gain de temps, la possibilité d’être perfectionniste... Mais je dois bien avouer que le dessin à la main me manque un peu...


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