Près d’une centaine de planches originales pour célébrer l’imaginaire génial de Fred le poète.
Voilà plus de trente ans qu’il est présent au rendez-vous du Festival, fidèle entre les fidèles… et voilà plus de trente ans qu’une grande exposition s’imposait. Quand Fred décroche le Grand Prix d’Angoulême, en 1980, le Festival s’appelle encore le Salon international de la bande dessinée et, quoique déjà bien installé dans le paysage culturel, n’est pas encore sorti de son âge tendre. Personne encore, par exemple, n’a institué le principe d’une exposition consacrée au lauréat du Grand Prix. Et voilà comment Fred, pourtant couronné lors de la 7e édition du Festival, passe finalement l’année suivante à côté de la grande expo qu’aurait pourtant mérité son immense talent.
Alors qu’est publiée chez Dargaud, son éditeur de toujours, une intégrale Philémon d’excellente tenue, voilà enfin réparé cet accident de l’histoire : Fred le magicien se voit consacrer le parcours rétrospectif qu’il fallait, et c’est un enchantement.
Simplicité, évidence, poésie graphique et imaginaire en liberté, le travail de Fred ne nécessite pas de grands efforts scénographiques. L’œuvre est si singulière et si prenante, le charme si immédiat que ses compositions se suffisent presque à elles-mêmes. D’où le parti pris de l’exposition, sans emphase, de surtout laisser la parole aux images.
Généreux, le dessinateur a accepté que près d’une centaine d’originaux – quel cadeau ! –, soit au sommaire de cette déambulation sous le signe de la fantaisie poétique. Philémon, son chef d’œuvre des années Pilote, est évidemment le morceau de choix de ce rendez-vous, ne serait-ce que par l’ampleur initiale de la série (15 albums parus en une vingtaine d’années, que viennent de rassembler les trois tomes de l’intégrale Dargaud).
Mais l’exposition, c’est aussi l’un de ses meilleurs atouts, a su se diversifier en redécouvrant d’autres univers de Fred à travers une sélection de planches choisies, comme Magic Palace Hôtel (1980), La Magique lanterne magique (1983), L’Histoire du corbac aux baskets (1993, prix du Meilleur Album au Festival d’Angoulême l’année suivante) ou encore L’Histoire du conteur électrique (1995). Au chapitre des raretés, les nostalgiques comme les passionnés de Fred auront aussi le bonheur d’admirer quelques pépites : quatre planches originales du Petit cirque, récit doux-amer et presque légendaire conçu par Fred au début des années 60, à l’époque d’Hara-Kiri, et que certains amateurs considèrent aujourd’hui encore comme son œuvre indépassable.
Enfin, l’exposition devrait intégrer des travaux de Fred non pas d’hier ou d’avant-hier, mais… de demain : en avant première, une sélection de planches de la nouvelle aventure encore inédite de Philémon, Le Train où vont les choses. Où il sera question d’un train, donc, dont la loco fonctionne à la vapeur d’imaginaire… Avec un tel esprit, comment douter encore qu’à 80 ans passés, Fred le poète demeure bel et bien l’un des très grands créateurs de la bande dessinée francophone ? Chapeau, l’artiste.
Expo Fred
Hôtel Saint Simon de 10 h à 19 h
Production : 9e Art+
Commissariat : Stéphane Beaujean
Scénographie : Mélanie Claude
Parrainé par GDF Suez




































