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Je suis encore là-bas par Samir Dahmani

Les Jeunes Talents ont publié : interview de l'ex Jeune Talent Samir Dahmani à l'occasion de l'imminente publication de son premier livre.

Après un long travail et plusieurs voyages en Corée du Sud, en septembre 2017 sortira l'album réalisée par Samir Dahmani Je suis encore là-bas (éditions Steinkis), en parallèle avec la BD de sa partenaire Yun Bokyoung Je ne suis pas d’ici (éditions Warum). Tous les deux constituent le projet Revenues d'ailleurs, qui aborde le sujet de l'expatriation au sein de la culture coréenne, celle des coréens qui retournent à leur pays d'origine mais qui n'y retrouvent plus leur place, et celle d'une fille coréenne qui cherche de s'insérer dans la société française. Voici l'entretien avec l'auteur, finaliste Jeunes Talents en 2011, et résident à la Maison des auteurs à Angoulême.

 

Un album BD qui va sortir en septembre 2017, accompagné d'une exposition et des animations. Pouvez-vous nous raconter vos dernières années depuis votre sélection au concours ?

Samir Dahmani : Depuis le FIBD 2011, période pendant laquelle j’étais étudiant en Master 1 en Bd à l’EESI, j’ai terminé mes études à Angoulême en juin 2012. Lorsque j’étais étudiant et même après la sortie de l’école, j’ai continué à fréquenter les rencontres avec les éditeurs au pavillon jeunes talents proposées par le FIBD. Ces moments là étaient utiles car ils me permettaient de voir les directions que je devais suivre, c’est à dire qu’au moment où je les rencontrais je ne leur proposais pas de projet mais leur montrais mon travail avec humilité pour savoir quelles étaient les choses que je devais travailler.
En 2012 en sortant de l’EESI, j’ai décidé de me concentrer sur un projet qui allait parler de la Corée parce que j’avais des amis coréens dans ma promo et que j’étais intrigué par la description qu’ils me faisaient de leur pays.
J’ai passé plusieurs mois à travailler sur une ébauche qui au départ était bancale mais me permettait de savoir approximativement quel sujet j’allais aborder, dans le même temps je me disais qu’il fallait que je passe par un système de résidence pour faire ce projet.

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Par chance, en avril 2013 (quelques mois après ma sortie de l’école) alors que je cherchais des moyens de partir en Corée pour mon projet, j’ai vu passer une annonce sur la newsletter de la CIBDI qui annonçait que le Komacon (KOREA MANHWA CONTENTS AGENCY équivalent de la cibdi en Corée) cherchait des artistes internationaux pour participer à une résidence de 2 mois à Bucheon… j’ai immédiatement postulé avec mon projet et ça a marché, je suis parti en Juillet 2013.

J’ai donc commencé mes recherches sur le sujet que j’allais développer dans mon projet : parler du malaise de coréennes qui une fois parties à l’étranger, ont du mal à retrouver leur place dans leur société car c’est une société exigeante.
Comme je vous l’ai dit précédemment j’ai multiplié les recherches pour trouver un moyen de partir, j’avais entre autre postulé pour le programme hors les murs de l’institut français, j’ai donc passé deux épreuves pendant ma période de résidence. En revenant de mon premier séjour en octobre 2013, j’ai appris deux semaines après mon retour que j’étais lauréat du programme Hors les murs et que j’allais pouvoir repartir en 2014, je suis donc reparti de mars à mai 2014.

Pendant mes séjours j’ai fait beaucoup de carnets de croquis parce qu’il fallait que je ramène de la matière pour pouvoir travailler confortablement. Pendant mon premier séjour en 2013 alors que je participais au Festival Bd de Séoul, un soir autour d’un diner, un éditeur m’a demandé de lui montrer mes carnets, en les voyant il m’a immédiatement proposé un rdv en vue d’une futur publication. C'étaient les éditions Fandombooks. Je suis allé lui rendre visite deux semaines plus tard et à ce moment là il m’a tendu un contrat de publication, et l’exclusivité pour les carnets que j’avais fait. Cet éditeur m’a ensuite invité pour la promotion du livre (sorti en octobre 2014, alors que je suis revenu de mon deuxième séjour en mai 2014) et faire plusieurs expositions dont une à l’hôtel de ville de Séoul.

À ce moment là, j’ai décidé de rester en Corée et de m’inscrire à un programme d’aprentissage intensif de la langue, j’ai donc suivi des cours à l’université nationale de Chungnam à Daejeon (une ville située en province). J’y suis resté un an, année pendant laquelle j’étudiais tout en dessinant et travaillant sur mon projet. Je suis revenu en France en septembre 2015, j’ai rejoint la maison des auteurs à Angoulême pour obtenir un espace de travail ce qui permet de travailler confortablement, j’ai ensuite démarché et le livre – « Je suis encore là-bas » (éditions Steinkis) sortira en septembre 2017.

Samir Dahmani 3

Finaliste au concours Jeunes Talents 2011. Quel souvenir gardez-vous de cette expérience et avez-vous de conseils pour ceux qui voudraient se lancer ?

Samir Dahmani : Le concours Jeunes Talents est un très bon prétexte pour produire des pages de Bd lorsqu’on est étudiant (ou debutant) et aussi pour donner de la visibilité à son travail et rencontrer des éditeurs. Ce concours m’a permis chaque année de me confronter aux difficultés que l’on peut rencontrer quand on fait de la bd mais aussi d’identifier rapidement mes erreurs, c’est un très bon moyen pour progresser. Si j’ai des conseils à donner aux futurs participants, c’est d’aborder le concours longtemps à l’avance afin de pouvoir peaufiner chaque détail, ne pas s’y mettre au dernier moment. Ensuite demander à des proches de lire pour voir si tout est compréhensible, un dessinateur passe beaucoup de temps sur ses pages, des choses qui peuvent lui sembler normales ou naturelles ne le sont peut-être pas pour tout le monde. Tout les lecteurs doivent comprendre ce qui se passe dans l’histoire et ne pas à avoir à faire des efforts pour déchiffrer la narration. Je pense que cette étape est une des clés de la sélection.

 

La BD du réel et vous, comment ça s'est passé cette rencontre ?

Samir Dahmani : Très honnêtement, il y a quelques années j’avais du mal, je ne m’y intéressais pas du tout. Mon passage à l’EESI Angoulême m’a transformé, il m’a apporté une ouverture d’esprit et c’est comme ça que je me suis intéressé à la BD du réel.
Je me souviens d’un cours en master BD avec un professeur de sociologie de l’unversité de Poitiers pendant lequel on devait réaliser un entretien enregistré avec une personne de notre choix pour traiter du sujet du « travail », il fallait par la suite retranscrire l’interview et dégager les points intéressants que l’on pouvait utiliser dans nos pages de BD. Un an après ma sortie de l’école, lorsque je suis parti en Corée j’ai utilisé le même principe pour mon récit, j’ai fait une dizaine d’interviews.

 

Qu'est-ce qui vous passionne dans la bande dessinée coréenne ? Et dans leur culture ? 

Samir Dahmani : Ma rencontre avec la Corée était fortuite ; avant 2009 je ne connaissais pas grand chose de ce pays, ce sont des coréens qui sont arrivés en équivalence à l’EESI en même temps que moi qui ont commencé à m’en parler, par leur récit j’étais très curieux, c’est comme ça que j’ai eu envie de partir voir ce qu’il se passait là-bas et la BD qu’ils proposaient. Le webtoon coréen (BD numérique) est très intéressant car la lecture se fait horizontalement sur un téléphone ou sur une tablette. Il y a certainement beaucoup de possibilités à exploiter.

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La thématique de votre album est l'expatriation. Qu'est-ce qui vous a marqué dans cette expérience ? Y a-t-il un message pour les lecteurs ?

Samir Dahmani : Tout d’abord, ce thème est développé sur deux livres : partir est traité par Yunbo (Yun Bokyoung) dans « Je ne suis pas d’ici » (éditions Warum) tandis que de mon côté, dans « Je suis encore là-bas » (éditions Steinkis) je narre le retour d’une coréenne dans sa société et qui se retrouve face au réapprentissage des codes exigeants de sa société qu’elle a oubliés. Pour ce sujet, j’ai du réaliser des interviews de personnes qui étaient dans cette situation pour pouvoir fabriquer une fiction.
J’ai vécu en Corée pendant un an, une période pas assez longue pour ressentir ce décalage, même si ça m’a quand même permis de comprendre un peu mieux cette situation. Certaines sociétés sont plus exigeantes (Japon, Corée …) que d’autres dans lesquels les individus ont plus de « devoirs » et de pressions.
Aujourd’hui le thème abordé tout le monde le comprend parce qu’on part plus facilement vivre ailleurs car beaucoup de structures (écoles, entreprises…) encouragent des départs.

 

Quels sont vos projets pour la suite ?

Samir Dahmani : En ce moment je réfléchis à l’écriture de deux autres livres dont les histoires se passeront dans un quartier de Séoul. J’ai passé presque trois mois cet été pour repérer des lieux, m’imprégner des ambiances diurnes et nocturnes, prendre des notes et faire des croquis.