Chaque année depuis 1974, le Festival International de la Bande Dessinée prouve combien le «neuvième art» compte parmi les formes d’expression les plus vivantes et créatives de son temps. Voici un bref rappel de sa très riche histoire, pour mémoire.

TOUT COMMENCE FIN 72, avec une exposition intitulée “Dix millions d’images”. C’est l’ébullition ! Éditeurs, libraires, dessinateurs et lecteurs vivent quinze jours d’euphorie. La municipalité d'Angoulême décide la création d'un Salon : la première édition est inaugurée le 25 janvier 1974. Pratt signe l’affiche. Hogarth, Kurtzman, Tillieux, Franquin honorent le nouveau-né de leur présence.

CETTE MEME EPOQUE (1973-1978) voit la création de nombreuses revues spécialisées : L’Echo des Savanes, Fluide Glacial, (À Suivre), Circus, Métal Hurlant, entre autres. La bande dessinée vit une formidable mutation. Les auteurs les plus célèbres sont à Angoulême : Hergé, Eisner, Reiser, Moebius, Gotlib, Tardi, Bilal...

CONTRE VENTS ET MARÉES, le Salon surmonte tempêtes et obstacles divers, pour avoir eu la judicieuse idée de fonder son existence sur une plus vaste ambition : faire d’Angoulême la ville de la bande dessinée, au-delà des journées de janvier.

1982. Cette année-là, Paul Gillon reçoit le Grand Prix de la Ville d’Angoulême et Claire Bretécher le Prix Spécial 10e anniversaire. Le Salon fête ses 10 ans au mieux de sa forme, au point de s’offrir une exposition sur la bande dessinée française à New-York. Tout en conquérant l’Amérique, il jette les bases de ce qui deviendra un axe fondamental de sa politique : la formation. Une section spécialisée est créée au sein de l’Ecole Régionale des Beaux Arts : «L’Atelier-Ecole de BD».

1989 : 15 ans d’existence et une extraordinaire croissance ont fait d’Angoulême la capitale de la bande dessinée. Désormais, le Salon d’Angoulême est le lieu incontournable des rencontres professionnelles de toutes natures, tout en conservant son statut d’événement culturel et de manifestation grand public.

1990 voit la création d’un «Marché international des droits» réunissant des éditeurs venus du monde entier pour négocier, à Angoulême, l’achat et la vente de droits d’utilisation de la bande dessinée. Une innovation importante qui contribuera à renforcer à la fois l’aspect professionnel et la dimension internationale du Salon.

1993, le Salon a vingt ans. Frank Margerin, l’auteur de Lucien, et Morris dessinateur de Lucky Luke sont les maîtres de cérémonie. Les fidèles des premières années sont présents, notamment André Franquin et Will Eisner. Une grande fête durant quatre jours, où le public et les professionnels confirment Angoulême comme le rendez-vous incontournable de tous les amoureux de la bande dessinée.

1996, au-delà de la réussite du Festival, dont la figure de proue cette année-là est Philippe Vuillemin, la manifestation développe son action de promotion de la bande dessinée toute l’année en France et à l’étranger, notamment avec une grande exposition sur la bande dessinée européenne, qui va parcourir les Etats-Unis durant plus d’un an avant de rejoindre les régions asiatiques.

1997. L’exposition « Sur les traces d’André Juillard », véritable parcours dans la ville alliant patrimoine et bande dessinée, incitera les partenaires locaux à façonner la ville aux couleurs de la BD et à développer le tourisme culturel.

1998, le Festival fête ses 25 ans. C’est l’effervescence, des fans de bande dessinée par milliers ont répondu à l’invitation au voyage.

1999, l’ouverture accrue en direction du grand public et de la jeunesse porte ses fruits. Sous le patronage de Boucq, héros du Festival cette année-là, hommage est rendu aux talents de Michel Greg et d’Alexandro Jodorowski. Parallèlement, le Festival consacre un espace important au multimédia.

2000, la dimension internationale du Festival est réaffirmée à travers le couronnement de Robert Crumb. Un hommage exceptionnel est également rendu au talent hors-norme de Jean Giraud/Moebius, à travers une exposition mémorable, « Trait de génie ». Par ailleurs, les multiples « passerelles » naturelles existant entre bande dessinée et nouvelles technologies de l’image (multimédia, internet, etc.) sont fortement mises en valeur à travers l’Espace Cyberbédé d’une part, et la présence d’une délégation québécoise d’autre part, qui propose par l’entremise du Net une étonnante exposition de bande dessinée virtuelle.

2001. Pour la première fois, c’est une femme, Florence Cestac, qui est la vedette de la manifestation. L’exposition de son travail permet notamment au Festival de réaffirmer l’attention portée au jeune public. C’est aussi l’occasion du retour marquant à Angoulême d’un invité prestigieux : le Japon, dont les auteurs et les éditeurs se distinguent par deux grandes expositions. Cette vitrine sur les mangas nippons attire un nouveau public qui découvre ainsi le Festival. La présence internationale à Angoulême est par ailleurs étoffée par la mise en valeur de la Suisse et la bande dessinée africaine. Sur le terrain de la formation, le Festival répond aux très nombreuses attentes du public grâce à une innovation, le Pavillon des Jeunes Talents, qui propose une information très complète sur les voies d’accès aux métiers de la bande dessinée et de l’image. Cette année-là, le Festival enregistre un record de fréquentation.

2002, le Festival conforte son rang de première manifestation culturelle européenne consacrée à la bande dessinée. L’engouement médiatique pour ce rendez-vous est considérable. Côté création, l’international est également à l’honneur avec d’une part la bande dessinée américaine et, d’autre part, une ambitieuse exposition collective réunissant les travaux de quatre-vingts jeunes auteurs du monde entier. Le Festival a par ailleurs l’immense plaisir d’accueillir une fois de plus, pour un hommage ému de toute la profession, l’un des grands maîtres de la bande dessinée moderne, l’américain Will Eisner.

2003 marque un tournant dans l’histoire du Festival : placée sous le magistère de François Schuiten avec la complicité de Benoît Peeters, cette trentième édition restera dans les annales, non seulement grâce au spectaculaire emmurement du théâtre initié par le dessinateur des Cités obscures (avec la participation de Claude Renard et Frémok), mais également par la création des Rencontres internationales. Ni débat, ni conférence, ces Rencontres permettent de présenter, à l’appui de supports multimédias, le travail d’un auteur dans son aspect le plus créatif… Dave McKean, Katsuhiro Otomo, Art Spiegelman et Jiro Taniguchi ont, entre autres, permis à ce nouveau rendez-vous de prendre son envol. Autres événements marquants : l’exposition «Musée Ferraille» (détournement des expos traditionnelles au profit d’un personnage imaginaire qui symbolise à lui seul cent ans de bande dessinée populaire) et la rétrospective, étonnante de diversité, consacrée à la bande dessinée coréenne.

2004. La 31e édition du Festival international de la bande dessinée rend hommage à Régis Loisel, Dans un esprit de diversité culturelle, le Festival accueille des auteurs venus des quatre coins de la planète. Plébiscitée par le jeune public, la célèbre «Bande à Tchô !» de Titeuf est également de la fête, au même titre que les œuvres étonnantes de l’anglais Dave Mc Kean. La dimension humaine de la bande dessinée est affirmée à travers une pièce de théâtre inspirée du légendaire créateur de comics Will Eisner, des expositions vivantes reconstituant la vie des ateliers d’auteurs ou des écoles de bande dessinée. Et l’implication burlesque de Groland, le pays imaginaire popularisé à la télévision par Canal +, ajoute un supplément de fantaisie festive…

2005 est un millésime exceptionnel. Zep, véritable phénomène de l’édition, donne au Festival une énergie peu commune. Plébiscitées par le public, les Rencontres internationales gagnent encore en maturité. Cette 32e édition voit aussi la naissance d’un événement scénique totalement nouveau, les Concerts de dessins, et consacre le lancement d’un espace permanent Manga – Manhwa, entièrement dédié aux bandes dessinées asiatiques.

 

2006, le Festival célèbre les 40 ans de bande dessinée de Georges Wolinski. Au chapitre étranger, ce sont les artistes finlandais, ainsi que l’Afrique et le Japonais Kotobuki Shiriagari, qui sont au sommet de l’affiche. Le jeune public est à la fête avec l’exposition Capsule Cosmique, tandis que les Concerts de dessins inaugurés l’année précédente se poursuivent en fanfare. Sans oublier une nouveauté : la production par le Festival d’un court-métrage de fiction, Entre 4 planches, réalisé par Les Requins Marteaux.

2007 est une fois encore un événement. La programmation du Festival est animée, ô combien, par l’un des artistes majeurs de la nouvelle génération francophone, Lewis Trondheim. De multiples initiatives mettant en valeur la dimension vivante et « spectaculaire » de la bande dessinée sont proposées au public (24 heures de la bande dessinée, Impro BD, Rencontres dessinées, etc.), tandis qu’est lancé le premier volet d’un vaste projet pluri-annuel : l’Exposition universelle de la bande dessinée. Enfin, une grande artiste de la scène française, Brigitte Fontaine, crée la surprise au théâtre d’Angoulême avec un spectacle exceptionnel, mis en images live par le dessinateur Blutch.



Mercredi 10 2008
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