L’Association Les Mains Sales a animé plusieurs ateliers de sérigraphie, dans le Pavillon Jeunes Talents du 39e Festival. L’occasion pour les enfants, et les plus grands, de réaliser leur propre affiche.
La passion de l’illustration vous travaille ? Reproduire vos dessins vous intéresse ? Voilà de quoi vous aurez besoin, en vrac : un seau, des cales, des grandes feuilles A5, des pots de peinture, du scotch brun, une feuille de plastique… Ce matin là, le coin Atelier du Pavillon Jeunes Talents a un air de salon de coiffure légèrement décalé.
Devant les festivaliers curieux, les sérigrapheurs Thomas Dervieux et Geoffrey Betounn, se mettent à l’œuvre. Entre un canevas de bois, une toile bleue en nylon est glissée. « C’est une matière gluante, comme de la colle, qui empêche la peinture de passer. Seul le motif est ajourée, pour permettre à l’encre d’aller imprimer le papier », expliquent les deux artisans.
Geoffrey fait couler un filet de peinture noire bien pâteux sur le haut du cadre. « Comme de la confiture de mûre », glisse une maman amusée. Elle est mélangée à du révélateur, pour ne pas obstruer les petits trous de la toile.
Le premier jour, ils ont appliqué la couleur rouge. « Pour chaque couleur, nous construisons une toile particulière, où seuls figurent les motifs que nous voulons voir coloriés dans cette teinte ». Aujourd’hui, donc, c’est au tour du noir des contours et des pleins de venir reposer sur le dessin. « Pour cette affiche, c’est facile, car nous utilisons des couleurs simples, opaques. Mais souvent, nous faisons des sérigraphies avec des couleurs transparentes. En se superposant, elles créent plusieurs nuances », explique Thomas Dervieux. Avec six couleurs au départ, dix peuvent apparaitre au final sur l’affiche.
L’affiche créée pour cet atelier du Festival est une boîte de médicament, le « Propofanzine, déstressant et amusant ». Mais voilà, le calage entre le canevas et la feuille de papier préalablement imprimée en rouge est mal fait, et les pilules sont représentées en deux parties séparées. Nouvel tentative, plus réussie. Les enfants s’y essaient, tour à tour. Chacun d’entre eux repartira avec son affiche. « Vitesse du geste, force impulsée… pour que ça ne bave pas, il faut sentir la pression que l’on impose au racle (l’appareil qui étale la peinture sur la toile, de façon que les motifs soient imprimés). La sérigraphie permet de faire des affiches similaires, mais c’est un véritable artisanat, car nous n’avons pas d’instrument pour mesurer la bonne pression à appliquer, précise Geoffrey. C’est aussi pour ça que nous ne faisons que des tirages limités à 30, 40 ou 50 exemplaires ».
Leur art, ces sérial-grapheurs l’opèrent à quelques pas à peine du Pavillon Jeunes Talents, dans leur atelier, rue Léonard Jarraud. Montrer la sérigraphie aux enfants est important pour l’association. « C’est important de transmettre cette manière de reproduire », reprend Thomas Dervieux. Mais leur activité est bien plus large. « Nous sommes à Angoulême. Une ville où énormément d’images sont fabriquées, mais beaucoup pour le multimédia. Tout passe par l’ordinateur, pour aller directement dans une imprimerie industrielle. La sérigraphie permet une impression d’une qualité bien supérieure », poursuit Thomas Dervieux. Le dépôt d’encre est jusqu’à 10 fois supérieur, elle résiste mieux au temps, elle permet un jeu avec la lumière, enfin, elle donne de la matière au dessin, car le passage successif des couches créé des reliefs sur le papier.
Cette technique, les sérigrapheurs des Mains Sales l’ont mis au service de douze dessinateurs. « On leur a expliqué les contraintes de cet artisanat, car ils doivent créer leur dessin en pensant à la succession de couches qui laissera apparaître le motif final ». Chacun a dû illustrer des poèmes d’Eric Wantiez (Nino, Pierre et Loup, éditions Scutella). Le réalisateur de films animés Serge Elissade ne revient toujours pas de la texture que cela a donné à son dessin.
Evidemment, pour que cela fonctionne, il faut y laisser un peu de soi. A l’atelier du Pavillon Jeunes Talents, la jeune fille à l’œuvre a les mains toutes noires. Elle les trempe dans le seau (il était là, juste pour ça). « On passe notre temps à se laver les mains », lui expliquent Thomas Dervieux et Geoffrey Betounn. Mais on a tout le temps les mains sales ».
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