Une grande signature de la bande dessinée francophone rejoint l’Académie des Grands Prix : couronné par le Grand Prix de la Ville d’Angoulême 2010, Baru intègre la communauté de ses pairs et sera en janvier 2011 le nouveau président du jury du 38e Festival international de la bande dessinée d’Angoulême.
Hervé Baruléa, dit Baru, est né le 29 juillet 1947 à Thil, en Meurthe et Moselle, département où il vit toujours aujourd’hui. Il grandit au sein d’une famille biculturelle (sa mère est française d’origine bretonne, son père italien) et ouvrière (son père est ajusteur dans une usine), où il est l’aîné de trois garçons.
Un tel ancrage social et de telles origines ne feraient pas nécessairement sens s’agissant de quelqu’un d’autre. Mais dans le cas de Baru, comme le savent tous ceux qui ont approché l’un ou l’autre de ses livres, ils n’ont rien d’accessoire ; « constitutifs de ma manière d’appréhender le monde », ainsi qu’il le souligne lui-même,
ils permettent incontestablement de mieux saisir son travail comme sa personnalité.
Nourri tout à la fois de cultures populaires, de ses racines ouvrières, de l’héritage des convulsions de 1968
et de son admiration pour Reiser et ses copains de Charlie Hebdo, Baru, qui s’est formé au dessin
en autodidacte, publie ses premiers dessins à partir de 1975 dans un périodique fondé avec des amis à Nancy,
Le Téméraire. Et puis, de lui-même, sans la moindre commande d’une maison d’édition, s’attelle à ce qui sera son premier récit : Quéquette Blues, 140 pages d’un trait, et en couleur — celle-ci réalisée par son ami
et complice de toujours Daniel Ledran. Futuropolis et Casterman se montrent intéressés, mais ce sera finalement Dargaud, après avoir fait faire au jeune auteur, à partir de 1982, quelques tours de chauffe avec des histoires courtes publiées dans Pilote (celles-ci seront ultérieurement réunies dans le recueil La piscine de Micheville,
qui vient tout juste de bénéficier d’une nouvelle édition en 2009), qui fait véritablement débuter Baru.
Le jeune dessinateur est presque aussitôt repéré : publié en 1984, le premier volume (Part Ouane) de Quéquette Blues est récompensé dès l’année suivante, dans la catégorie « Espoir », au Festival d’Angoulême, qui s’appelle encore le Salon international de la bande dessinée. Ce sera le début d’un long compagnonnage, et Baru sera dorénavant régulièrement au palmarès de la manifestation.
Surprenant portrait d’une jeunesse pressée de vivre, entre chronique sociale acerbe, jubilation, révolte et énergie rock, Quéquette Blues détonne, intrigue, séduit. Ces ingrédients seront dès lors très souvent au sommaire
des livres de Baru, qui ne fera jamais de concessions ni aux modes ni aux injonctions d’un supposé bon goût.
Sur la vague de ces débuts réussis, Baru enchaîne les albums, toujours avec la même exigence. Il fait paraître deux titres chez Futuropolis (La communion du mino en 1985, Vive la classe ! en 1987) avant de nouer
une nouvelle collaboration avec Albin Michel et son magazine de l’époque, L’Echo des Savanes, qui publient successivement Cours, Camarade ! (1988) et Le chemin de l’Amérique (scénario Jean-Marc Thévenet), ce dernier album couronné d’une récompense de poids : le prix du meilleur album au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, millésime 1991.
L’aventure de Baru se poursuit avec un détour par le Japon. Il fait en effet partie, dès l’orée
des années 90, des rares auteurs français qui acceptent de s’engager dans une collaboration directe avec la revue Morning de l’éditeur Kôdansha. Baru y fait paraître en épisodes, à compter de 1991, L’autoroute du soleil,
soit quelque 400 planches enthousiasmantes d’un road movie à la française mêlant action, ironie, engagement politique et fable sociale acérée.
L’éditeur français Casterman, en embuscade, corrige son rendez-vous raté du début des années 80 avec Baru
et publie en 1995 la version française de l’album, sous la forme, encore inhabituelle à l’époque, d’un unique volume à l’abondante pagination. Triomphe : pour la seconde fois (ce qui, alors, n’était encore jamais arrivé), Baru décroche avec L’autoroute du soleil le prix du meilleur album au Festival d’Angoulême 1996.
Fort de ce succès, le lien se renforcera, et c’est dès lors chez Casterman que paraitront les albums du dessinateur : Sur la route encore (1997), Bonne Année (1998), suivis à partir de 1999 d’une tétralogie intitulée Les Années Spoutnik, chronique de l’univers ouvrier dans la France provinciale de la fin des années 50. Baru, sous des dehors faussement enfantins, y livre une chronique sociale et politique d’une grande acuité, aux accents autobiographiques plus qu’évidents.
2004 le verra développer une nouvelle collaboration, avec les éditions Dupuis cette fois, pour un dyptique proposant le portrait tragique et frappant, si l’on ose dire, d’un boxeur en quête de succès et de transgression sociale : L’enragé. 2008, finalement, le voit revenir chez Casterman avec Pauvres Zhéros, impressionnante adaptation d’un roman (très) noir de Pierre Pelot, qui figurera d’ailleurs dans la Sélection Officielle du Festival. Quelque chose nous dit qu’en obtenant finalement, en ce mois de janvier 2010, le Grand Prix de la Ville d’Angoulême pour l’ensemble de son œuvre, Baru est un peu revenu à la maison. C’est une bonne nouvelle.

Le clin d'œil de Moebius à la délibération de l'Académie des Grands Prix…
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BARU
BIBLIOGRAPHIE ALBUMS
Quequette Blues
Quequette Blues – Part Ouane (1984, Dargaud)
Quequette Blues – Part Tou (1986, Dargaud)
Quequette Blues – Part Tri (1986, Dargaud)
Roulez jeunesse ! L’intégrale Quequette Blues (1991, L’Echo des Savanes / Albin Michel, puis en 2005, Casterman)
La piscine de Micheville (histoires courtes, 1985, Dargaud, puis nouvelle édition L’Echo des Savanes / Albin Michel, 1993 et réédition chez Les Rêveurs en 2009)
La communion du Mino (1985, Futuropolis, collection X)
Vive la classe ! (1987, Futuropolis)
Cours, camarade ! (1988, L’Echo des Savanes / Albin Michel)
Le chemin de l’Amérique (1990, Albin Michel, puis nouvelle édition Casterman, 1998, scénario Baru et Jean-Marc Thévenet.)
Le violon et l’archer (1990, Casterman, collectif avec Boucq, Cabanes, Ferrandez, Juillard et Tripp)
L’autoroute du soleil (1995, Kôdansha au Japon, Casterman en Europe, puis nouvelle édition en deux volumes dans la collection « Ecritures », Casterman, 2002)
Sur la route encore (1997, Casterman)
Bonne année (1998, Casterman)
Les années Spoutnik (l’intégrale en coffret, parution avril 2003, réédité en 2009, Casterman)
Tome1 - Le pénalty – Les années Spoutnik 1 (1999, Casterman)
Tome 2 - C’est moi le chef ! – Les années Spoutnik 2 (2000, Casterman)
Tome 3 - Bip Bip ! – Les années Spoutnik 3 (2002, Casterman)
Tome 4 - Boncornards têtes-de-lard – Les années Spoutnik 4 (2003, Casterman)
L’Enragé
Tome 1 (2004, collection Aire Libre, Dupuis)
Tome 2 (2006, collection Aire Libre, Dupuis)
Tooloose (2007, album collectif avec des récits de Martin Veyron, Jean-Marc Rochette, Blutch et Baru, Casterman)
Pauvres Zhéros (2008, adapté d’un roman de Pierre Pelot, Rivages/Casterman/Noir)
Noir (2009, collection « Ecritures », Casterman)
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