Précisions sur la Cérémonie de remise des prix

Le dimanche 31 janvier 2016 à 15h52

Pendant des années, les cérémonies de remise des prix du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême (parfois appelées « cérémonies de clôture ») ont été critiquées par une partie de la profession sur le thème de l’ennui qu’elles auraient inspiré à leurs spectateurs.

Pour s’efforcer de répondre à ces critiques récurrentes et ainsi satisfaire les attentes de la communauté des professionnels du 9e art, l’organisation du Festival a choisi cette année de confier l’animation de cette cérémonie à un professionnel reconnu, Richard Gaitet.

Animateur d’une émission quotidienne littéraire de deux heures sur Radio Nova (Nova Book Box), excellent connaisseur de la bande dessinée qu’il chronique tout au long de l’année sur l’antenne de Nova et dans divers médias, Richard Gaitet, 34 ans, est également romancier.
La mission que lui a confiée le Festival était claire et assumée : tâcher d’éviter les travers d’une cérémonie institutionnelle classique en insufflant au spectacle liberté, impertinence et humour, en phase avec l’esprit d’indépendance de la plupart des artistes du 9e art. Afin de renforcer l’efficacité de la cérémonie, l’organisation du Festival lui a adjoint les services d’un metteur en scène professionnel venu du théâtre, Jules Audry – comme cela avait déjà été le cas lors de la cérémonie des prix 2015, mise en scène par François Olislaeger.

Vêtu d’un costume à la Fantasio (veste bleue électrique, nœud papillon rouge), Richard Gaitet a d’emblée installé la cérémonie dans le registre du clin d’œil et du canular : une présentation de « faux Fauves » censée récompenser divers félins (lion facétieux, puma courant dans la forêt, tigre utilisé comme tapis, gros matou tacheté, chat mécano, etc.), en référence à la célèbre mascotte du Festival conçue par Lewis Trondheim. Cette introduction facétieuse s’achève sur une réplique d’une comédienne : « Bravo Richard pour cette blague sur les faux Fauves et la taille du Grand Prix, on a beaucoup ri, mais maintenant, il faut y aller. » Cette séquence humoristique dans son ensemble a duré 8 minutes et 17 secondes, pour une cérémonie d’une durée totale d’une heure quarante. On retrouvera le verbatim exact et intégral des propos de Richard Gaitet ci-après à la fin de ce texte, pour information.

La cérémonie des Fauves terminée, certains professionnels se sont émus de ce choix de présentation, au motif que ces « faux Fauves » attribués à des animaux auraient pu à tort installer la confusion dans les esprits quant à leur propre œuvre et à leur statut de lauréats potentiels.
C’est en effet le propre des canulars, dont la vraisemblance est la vertu cardinale : instiller brièvement le doute pour susciter le sourire. On peut regretter que le registre humoristique de cette séquence n’ait pas été partagé ni apprécié par tous, et l’organisation du Festival se tient prête à présenter par écrit ses regrets à ceux des auteurs de bande dessinée qui auraient pu se sentir froissés par cette séquence.

Pour autant, à l’égal des auteurs et des artistes, l’organisation du Festival revendique sa liberté de ton et assume ses choix
éditoriaux. Il n’était évidemment pas dans les intentions des organisateurs, et pas davantage de l’animateur, de blesser quiconque.
Depuis maintenant des années, les cérémonies de remise des prix les plus reconnus sont animées par des présentateurs qui
s’inscrivent résolument dans l’humour et le détournement qui l’accompagne. Le public (spectateurs, téléspectateurs, internautes…)
en est aujourd’hui parfaitement averti. Pour la cérémonie de remise des prix de sa 43e édition, le Festival s’est inscrit dans cette
tradition.

 


*Voici ci-après, au mot près, le verbatim intégral des propos tenus par Richard Gaitet dans sa séquence introductive consacrée
aux « faux Fauves ».

Le Fauve de la catégorie « Patrimoine » est attribué… à ce lion facétieux qui s’amuse à embêter les deux héros de Père et fils, recueil de strips
muets des années 30 de l’Allemand E. O. Plauen alias Erich Ohser, aux éditions Warum.

Le Fauve catégorie « Jeunesse » est attribué à ce puma courant dans la forêt parmi d’autres animaux affolés, mais si regardez bien, là, entre
le cerf et le hibou, dans L’Insubmersible Walker Bean de l’Américain Aaron Renier, aux éditions Sarbacane (geste de sarbacane, touché).

Le Fauve catégorie « Polar », désigné par un jury de personnalités bossant en loucedé pour la SNCF dans l’espoir de ne plus jamais se retrouver coincées dans un wagon ID TGV, de toute leur vie, surtout quand a lieu dans ce wagon une fête improvisée avec de la musique de merde, le fauve Polar est attribué… à ce tigre tristement utilisé comme tapis, à un moment mou de l’enquête, dans le tome 1 du manga Inspecteur Kurokôchi des Japonais Koji Kôno et Takaski Nagasaki, aux éditions Komikku.

Le Fauve du Public, désigné par les librairies Cultura, est attribué… à cette étrange créature, qui ressemble à peu près à un gros matou tacheté, que l’on trouve à la dernière page de Carnet de santé foireuse du Français Pozla, aux éditions Delcourt. Cette chose, entourée de joyeux papillons a été dessiné par la fille de l’auteur, ce qui n’a pas manqué d’émouvoir aux larmes les membres du jury.

Le Fauve du Fanzine ou Fauve de la meilleure revue dédiée à la bande dessinée est attribué… à cette couverture, qui montre un chat mécano en train de réparer un tank, entouré de six de ses congénères qui visiblement n’ont pas l’intention de lever la plus petite papatte pour lui filer un coup de main, possible métaphore du délabrement de la gauche française. J’adresse un gros poutou à l’équipe taïwanaise de Taiwan Comix, pour avoir su nous mettre en garde, à l’approche des primaires, sur les périls qui nous menacent.

Le Fauve de la meilleure série est attribué… à cet effrayant minou venu des tréfonds du cosmos et criant au mensonge, qui n’est pas sans rappeler Bastet, la divinité égyptienne de la joie du foyer, mais en moins chaleureux. On l’aperçoit dans le tome 4 de la série Saga, signé de la Canadienne Fiona Staples et de l’Américain Brian K. Vaughan, aux éditions Urban Comics.

Le Fauve de la révélation 2016, celui du talent émergent, est attribué à ce tigre  moyennement fougueux qui surgit sans raison particulière au mur d’un appartement des années 40 dans l’album Hans Fallada : vie et mort du Buveur, aux éditions Denoël Graphic, de l’Allemand Jacob Hinrichs, qui, de l’aveu même des jurés, je suis désolé pour lui, mi liebe fraulen, écope toutefois d’un « peut mieux faire » en termes de décoration intérieure.

Le Fauve « Spécial », qui récompense généralement un album un peu bizarre mais quand même sympa, est attribué à ce chat bien chelou qui traîne dans un aéroport, visiblement sous LSD, dans l’album Les Intrus de l’Américain Adrian Tomine, aux éditions Cornélius.

Enfin, le Fauve d’Or est attribué à cette magnifique, absolument magnifique femelle léopard enceinte, tirée de l’album Arsène Schrauwen du
Belge Olivier Schrauwen, aux éditions L’Association, indiquant, par ce symbole très positif de maternité repue, que chacun porte en soi des
œuvres d’art ambitieuses, pour peu qu’on se donne la peine de les accoucher.

Par ailleurs, l’annonce du Grand Prix 2016 de la Ville d’Angoulême ayant suscité les remous que l’on sait, il a été décidé, dans le plus grand secret, de remettre ce Grand Prix à un autre auteur, sur des critères totalement inédits et somme toute assez progressistes, indépendants de nombre d’albums publiés, des récompenses précédemment gagnées ou du sexe de l’artiste. La solution la plus simple était sous nos yeux, et nous ne l’avons pas vu. Il suffira désormais chaque année de remettre le Grand Prix à l’auteur le plus grand de la profession, je veux dire en termes de taille.
Et cette année cela tombe sur la Française Dorothée de Monfreid, auteur d’une cinquantaine de livres pour enfants explorant souvent notre devenir animalier, qui mesure 2m16, comme le prouve cette image réalisée au moment de sa victoire incontestable, que je vous demande d’applaudir.

Voilà. Merci à tous pour votre attention et à l’année prochaine. »

Entrée des comédiennes qui dansent sur Bla-bla-bla de Philippe Katerine.

« Bravo Richard pour cette blague sur les faux fauves et la taille du Grand Prix, on a beaucoup ri, mais maintenant, il faut y aller. »