Les Arcanes d'Andreas

L’auteur de Rork et Capricorne est pour la première fois au sommaire du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, avec une belle exposition monographique et multiforme, à l’image de son oeuvre.

© Andreas - Le Lombard

Fascinant, complexe, sincère. Depuis plus de 35 ans, l’univers visuel et narratif sans concession d’Andreas suscite l’admiration de ces condisciples comme d’un public enthousiaste, et réussit une synthèse rare entre exigence formelle et réelle consécration populaire. Autant dire qu’il était largement temps d’ouvrir les arcanes de cet auteur prolifique aux festivaliers d’Angoulême. Cette coproduction du Festival international de la bande dessinée avec le Festival Quai des bulles de Saint-Malo et les Editions du Lombard est présentée dans les locaux du Musée d’Angoulême.

© Andreas - Le Lombard

D’origine allemande, Andreas s’initie au 9e art au sein du prestigieux institut Saint-Luc lors de ses études en Belgique. Passé par l’atelier du célèbr/e auteur Eddy Paape, Andreas présente par la suite un héros hors-normes aux lecteurs de 7 à 77 ans du journal Tintin : Rork. Personnage mystérieux et sans âge, silhouette élancée et visage taillé à la serpe, il mène l’enquête dans des aventures fantastiques où l’ésotérisme côtoie les voyages dans le temps. En 1983, un premier ensemble de récits courts de Rork sont réunis en recueil avant que son héros ne se convertisse aux aventures au long court dans la collection « Histoires & Légendes » du Lombard. Un peu plus tard, à partir du milieu des années 90, Andreas développera un autre personnage majeur, lui aussi voué à une large notoriété : Capricorne. Croisé lors d’un des derniers épisodes de Rork, cet astrologue mène de troublantes épopées dans une série prévue sur vingt volumes – dont quinze publiés à ce jour. Car Andreas, dont la bibliographie aligne aujourd’hui plus de soixante titres pour la plupart signés seul, dessin et scénario, est un auteur insatiable. En bon amateur de comics, il ne cesse d’enrichir son univers et ses personnages.

Fasciné par les recherches et l’innovation formelles, capable de signer un album sans paroles et de lui adjoindre une couverture blanche, Andreas fait preuve d’une exigence visuelle et narrative finalement assez rare dans la bande dessinée. Une forme de radicalité qui se conjugue avec une passion de toujours pour les décors urbains et notamment New York, cet « archétype de la ville » sans cesse retrouvé au fil des pérégrinations de Rork ou Capricorne, mais qu’il a pourtant choisi de ne jamais visiter en personne, manière sans doute de préserver son imaginaire. Admirateur de David Lynch, Andreas cultive également l’ambiguïté des personnages et la complexité du récit. Hostile au manichéisme et amateur de mystère, cet esthète aime l’idée de pousser son propre lecteur dans ses retranchements Approfondir la lecture, sans relâche : « J’aime le défi, dit-il. Je me refuse à livrer un récit trop prémâché et expliqué. Je déteste l’idée que l’on oublie l’intrigue de l’album un quart d’heure après l’avoir terminé. Mon lecteur doit se questionner, réfléchir, reprendre l’album en main.»

 

© Andreas - Le Lombard

C’est cet univers riche et foisonnant qu’explore l’ambitieuse exposition monographique consacrée par le Festival à ces « Arcanes d’Andreas ». Ses deux principaux héros, Rork et Capricorne, sont bien sûr à l’avant-scène du parcours proposé au Musée d’Angoulême, sous la forme d’une centaine de planches et d’illustrations originales prêtées par l’auteur. Deux cubes géants illustrés, dont l’énigmatique cube numérique, objet surnaturel présent dans les deux séries, ponctuent cette première partie de l’exposition, soutenue par des murs d’images et de couvertures d’albums. La suite du parcours est dédiée aux autres œuvres d’Andreas : sa série fantastique Arq bien sûr, la troisième par ordre d’importance avec une quinzaine de titres parus chez Delcourt, mais également des extraits de ses premières publications dans des revues de bande dessinée comme (À Suivre) ou Métal Hurlant, des planches issues d’autres univers (Cyrrus-Mil, Cromwell Stone…) ou même quelques échappées mémorables comme sa collaboration limitée mais remarquée avec Joann Sfar et Lewis Trondheim pour un épisode de la série Donjon Monsters. Bref, un itinéraire protéiforme tour à tour radical, spectaculaire ou mystérieux, mais toujours marqué du sceau de l’exigence : la signature d’un artiste accompli, exactement.

Exposition « Les Arcanes d’Andreas » 
Lieu : MUSÉE D’ANGOULÊME  
Du jeudi 31 janvier au dimanche 3 mars 2013, 10 h/19 h. 
Production : 9eArt+, Quai des Bulles, Éditions du Lombard  
Commissariat : Fred Lecaux
Scénographie : La station d’art images