Actu du Fauve -Préparation du Festival 2016, la fresque interactive Phallaina

Le mardi 24 novembre 2015 à 16h44

Interview de Marietta Ren, l'auteure de Phallaina une bande dessinée numérique qui sera exposée au Festival sous forme d'une fresque interactive d'une longueur de 115 mètres

© Phallaina / Marietta Ren

Défi artistique et technologique, “Phallaina” est la première bande défilée : une bande dessinée digitale en scrolling horizontal, avec des effets en parallaxe et accompagnée d'une création sonore ; réalisée par Marietta Ren en collaboration avec le Studio Small Bang et en coproduction avec Nouvelles Écritures de France Télévisions. Avant-première, le Festival d'Angoulême exposera cette fresque interactive d'une longueur de 115 mètres tiré du projet, qui permettra aux spectateurs de progresser dans la narration en déambulant, grâce à une bande sonore géolocalisée disponible en français et en anglais. Plus d'infos ici.

 

© Phallaina / Marietta Ren

Phallaina raconte l'histoire d’Audrey, , une jeune fille épileptique, qui souffre de crises hallucinatoires au cours desquelles elle voit des baleines… Lors des examens, elle découvre qu'elle a aussi une une anomalie dans le cerveau, celle-ci lui permet de rester longtemps en apnée, environ 15 minutes ! Mais aucun lien entre son mal et cette anomalie n'est prouvé. Le docteur Chaillet, son neurologue, lui propose alors de participer à un essai clinique, qui peut potentiellement soulager ses crises.

Nous avons interviewé son auteure dans le cadre du Festival We Do BD où elle présentait pour la première fois au public ce grand projet. Bonne découverte !

 

Marietta Ren à la masterclass de Phallaina au Festival We DO BD

Un nouveau format
Marietta Ren : Le choix de faire un rouleau vient d'une envie de tester un nouveau format, un autre type de narration. L'idée était de faire quelque chose en continu, sans rupture, sans cases, plus proche de la perception naturelle, tout en conservant certains codes narratifs du cinéma. J'avais aussi envie de dessiner des baleines. Cela tombait plutôt bien car les baleines c'est long et allongé comme mon format ! Il y a une forte charge symbolique avec ces animaux et je trouvais qu'ils seraient une très belle métaphore pour matérialiser une angoisse ou une crise d'épilepsie. J'ai donc construit une fiction autour de tout ça.
Au tout début, l'histoire était beaucoup plus onirique et au fur et à mesure du temps, j'y ai introduit un peu plus de sf, de neurosciences, d'expériences, les rêves se sont transformés en hallucination… au final c'est un mélange entre mythologie et science-fiction. 

Le mouvement
Marietta Ren : Le projet est construit comme un one-shot. Il devait être assez court, environ 9 m de longueur du 20 cm de hauteur. Mais je me suis un peu lâchée sur l'histoire et c'est devenu aussi long en durée de lecture qu'un long métrage.

Comme ma formation initiale est celle de dessinateur d'animation, la sensation de mouvement est une chose qui me tient à cœur. On la retrouve dans ma manière de composer d'images. J'essaie toujours de donner une direction, d'attirer le regard du lecteur vers l'image suivante et de donner l'impression que cela avance sans qu'il s'en rende compte.

 

© Phallaina / Marietta Ren

La BD et la fresque
Marietta Ren : Sur l'i-pad, l'histoire de la bande défilée va durer environ 1h30. Elle raconte l'histoire d'Audrey, qui est dans une phase de transition de sa vie et sa participation aux tests cliniques. Elle va apprendre des choses sur elle-même, sa mythologie personnelle, et découvrir le milieu des chercheurs en sciences cognitives. Tout est focalisé sur son ressenti.
La fresque, quant à elle, illustre la mythologie des Phallaina. Il s'agit d'une histoire dans l'histoire, un peu comme un conte à part et beaucoup plus court. Dans la BD, seulement la première moitié de la mythologie est illustrée sous forme d'hallucination ; l'autre moitié existera uniquement dans la fresque. Cela fait donc deux expériences complètement différentes et inédites.

La réalisation
Marietta Ren : Nous sommes plusieurs à travailler sur le projet. Il y a un développeur qui crée un moteur de l'application, rassemblant l'image et le son. Il fait aussi l'interface de l'application. Un animateur crée toute la parallaxe avec son assistant. C'est un procédé permettant de donner de la sensation de profondeur, qui existe depuis assez longtemps dans le dessin animé. Et il y a aussi un sound designer. Comme dans les jeux-vidéo, le son est diffusé en temps réel, la musique et les bruitages se lancent en fonction du lieu dans lequel on évolue.
La manière dont on procède avec le sound-designer est assez simple. D'abord, on se met d'accord au niveau de la direction artistique, je lui donne mes références musicales et sonores. Ensuite, il travaille à partir de tout cela avec sa propre sensibilité. Puis, il m'envoie ses propositions que l'on retravaille un peu ensemble.
Pour que la fresque soit une expérience tout aussi immersive, elle est accompagnée d'un design sonore et d'une voix-off qui lira la mythologie, même si le texte est aussi placé comme un sous-titre en dessous des images, afin de proposer plusieurs alternatives d'expérience.
Une version française est prévue si les gens n'ont pas envie de lire le texte pour profiter davantage du visuel et une version anglaise pour les gens qui ne lisent pas le français. C'est l'avantage du numérique !

 

© Phallaina / Marietta Ren

Les inspirations
Marietta Ren : À la base, le projet était surtout destiné à être imprimé sur papier sous forme de rouleau. Mais comme l'histoire était devenue trop longue, le support numérique est devenu une nécessité.
Mes inspirations viennent de divers horizons : la poterie antique grecque, Escher, l'imagerie médicale et les arts graphiques asiatiques. J'ai découvert un ouvrage considéré comme étant le premier manga au Japon, c'est un long rouleau horizontal. On y voit des personnages assis à un banquet, ils discutent et festoient. Certains se déplacent et leur circulation oriente le regard du lecteur telle sorte que l'on revient que début de l'histoire. Je me suis dit que ça serait bien de m'inspirer de ce genre de composition. Au même moment, beaucoup d'auteurs français un peu underground faisaient des BD sur le format. Et ça m'a nourri.

Un conseil pour les créateurs de BD numérique
Marietta Ren : La manière dont je l'aborderais, c'est de se donner des contraintes, en trouver une ou deux et les respecter. Le problème avec l'expérimental, c'est que l'on peut vite partir dans tous les sens et se perdre. De plus, il faut savoir aussi programmer et souvent les dessinateurs ne sont pas des programmeurs. L'idéal est de faire au plus simple ! 

 

Rendez-vous en janvier 2016 avec la fresque interactive de Phallaina !