Les Jeunes talents s’exposent avec KissKissBankBank -édition 2016

Le lundi 14 septembre 2015 à 09h50

The winner is... “Les mutants” de Pauline Aubry ! Le projet d'expo pour Angoulême est à soutenir sur KissKissBankBank du 1er au 31 octobre.

KissKissBankBank

Les Mutants par Pauline Aubry

Après deux semaines de votes de la part du public, le projet d'exposition “Les mutants” de Pauline Aubry se qualifie en tête du défi entre les Jeunes Talents avec 737 votes, contre les 586 votes pour “CRA” de Jean-Benoît Meybeck et les 228 votes pour “Dérangés” de Violaine Leroy.

Du 1er au 31 octobre “Les mutants” lancera sa collecte sur KissKissBankBank avec le soutien du Festival de la Bande Dessinée d'Angouleme pour financer l'exposition qui aura lieu du 28 au 31 janvier au sein du Pavillon Jeunes Talents.

Soutenez “Les mutants” de Pauline Aubry !

 

Pauline Aubry est née à Paris en 1981. Sélectionnée au concours Jeunes Talents d'Angoulême en 2014, en janvier 2016 elle va sortir son premier album BD « Les mutants » aux éditions des Arènes, une immersion au sein d’un peuple d’incompris : les adolescents.
L'exposition “Les mutants” recrée le monde des adolescents à travers plusieurs étapes progressives, alternant expériences et explications, pour mieux comprendre le mal-être adolescent.

Découvrez la présentation détaillée du projet et soutenez-le sur KissKissBankBank

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Pour mémoire la présentation des 3 projets et de la campagne de vote qui c'est déroulée du 11 au 25 septembre 2015 :

Chaque année, le Festival consigne le Prix Jeunes Talents et accueille une exposition consacrée à l’album d’un ancien Jeune Talent ayant édité. L'an dernier, l'association parmi le Festival International de la bande dessinée d’Angoulême et la plateforme de crowdfunding KissKissBankBank a permis de présenter une exposition vraiment originale au sein du Pavillon Jeunes Talents®. C'était l'ex Jeune Talent Guillaume Chauchat avec Lignes, l'exposition consacrée à ses albums publiés aux Editions 2024, qui a marqué l'édition 2015 du Festival.

 

Le succès de cette opération nous pousse à continuer cette belle aventure. Vous avez deux semaines pour voter sur KissKissBankBank votre préféré parmi les trois projets d'exposition tirés des albums des anciens Jeunes Talents Pauline Aubry, Violaine Leroy, Jean-Benoît Meybeck. Celui qui aura retenu le plus de votes pourra lancer sa collecte de fonds sur KissKissBankBank, avec l'aide du Festival qui s’engage à contribuer financièrement à 50%, et logistiquement à la réalisation de cette exposition.

La présentation des projets nous annonce que la sélection sera très dure ! Nous avons posé quelques questions aux auteurs pour une argumentation plus personnelle :

Pauline Aubry, Jeune Talent sélectionnée en 2014

Violaine Leroy, Jeune Talent sélectionnée en 2007

Jean-Benoît Meybeck, Jeune Talent sélectionné en 2012

Qu'est-ce que ça signifierait pour vous d'exposer au Festival d'Angoulême ?

Pauline Aubry : Une consécration ! La joie d’avoir une petite échoppe dans la grande Mecque. 

Violaine Leroy : Beaucoup. C'est un grand rendez-vous autour de la BD et une joyeuse colonie de vacances auxquels je participe quasiment chaque année : c'est à la fois une grande pression pour "être à la hauteur" des autres expositions et aussi une grande joie de participer à cette fête avec ma maison d'édition, La Pastèque.

Jean-Benoît Meybeck : Pour moi, exposer au festival d'Angoulême serait formidable, pour plusieurs raisons. D'abord évidemment, ce serait un signe de reconnaissance et d'encouragement, que je n'aurais jamais espéré. J'étais déjà ravi d'avoir été sélectionné aux "jeunes talents" en 2012, mais là cela serait un plaisir extrême.

Surtout, cela donnerait de la visibilité à mon livre et aux thématiques qu'il aborde, ce qui est particulièrement important en ce moment, car on parle beaucoup des "migrants", sans toujours connaître le sort de ceux qui arrivent en France.

 

Justement quel est le thème de l'album et comment l'avez-vous transposé au cœur de l'exposition ?

Violaine Leroy : L'album parle de 3 personnages qui évoluent avec leur folie, tocs et autres fantômes, dans une histoire un peu labyrinthique, faite de gestes fous, de danse et de broderies... J'aimerai faire un parallèle entre cette thématique de la folie et le travail de recherche qui mène à l'écriture d'une histoire : qu'est-ce qui me pousse à écrire 300 pages (même si je ne suis pas sûre de pouvoir répondre totalement à cette question !) ?

Au delà d'une simple exposition de planches originales, j'aimerai plonger le spectateur dans l'univers de la BD, notamment, en proposant à d'autres artistes de travailler avec moi (par exemple avec la broderie), pour avoir un regard extérieur et complémentaire.

Jean-Benoît Meybeck : Le livre qui est paru l'année dernière aux éditions "Des ronds dans l'O" est particulièrement d'actualité puisqu'il a pour thème les centres de rétention administrative pour migrants. Le titre en est CRA. Il s'agit d'une bande dessinée au format roman graphique, qui relate des témoignages de migrants qui sont passés par un de ces centres (celui de Toulouse Cornebarrieu), et d'associations qui ont tenté de le visiter.

Les CRA sont des genres de prisons dans lesquelles on place les migrants (économiques, climatiques, réfugiés déboutés du droit d'asile, etc.) auxquels l’administration française n'a pas jugé bon de délivrer les papiers leur permettant de vivre en France légalement. On les met là sans qu'ils aient commis le moindre crime, le moindre délit, en attendant de les renvoyer dans leur pays d'origine (sauf si un juge décide de les libérer).

Pauline Aubry : Le grand thème « des mutants » c’est : l'adolescence, évidemment. Mais réfléchir sur l’adolescence c’est aussi se questionner sur la construction de soi, le lien parent-enfant, la difficulté du passage à l’âge adulte.

L’exposition se découpera en plusieurs étapes progressives, alternant expériences et explications, pour mieux pénétrer et comprendre la complexité du mal-être adolescent.

L’exposition commencera par cette question : C’est quand  l’adolescence ?
- Quand j’ai arrêté d’avoir envie de faire des tours de manège d’enfants.

- Quand j’ai eu honte de marcher à côté de mes parents dans la rue.
- Quand j’ai saisi que tout était à la fois possible et impossible.
- Quand où il a eu envie d’embrasser des filles.
- Quand j’ai décidé d’enterrer la petite fille parfaite que j’étais en la salissant.
Et vous ?

 On étudiera ensuite les clichés habituels sur l’adolescence : le look, l’acné, l’importance du groupe, le langage, avant de se demander se qui se passe dans la tête d’un adolescent en pleine mutation ? Ce sera alors l’occasion d’écouter les plus grands spécialistes du passé, comme Françoise Dolto, qui viendra nous apporter un éclairage sur ce qu’elle a appelé : « le complexe du homard ».

 Viendra après le temps de revenir sur les difficultés qu’impliquent une mutation : Et l’apparition sournoise de pulsions difficiles à canaliser (tocs, scarifications, angoisses, dépression, tentative de suicide), et qui justifieront dans certains cas, un séjour à " l'hôpital des ados". Enfin en bonus, parce qu’à l’hôpital il se passe aussi des choses amusantes, le visiteur sera invité à une visite guidée des coulisses de l'hôpital, de la salle de garde aux urgences, en passant pas le poste de soins, un monde de codes et de rituels en voie de disparition.

 

Est-ce que la scénographie occupe une place importante dans votre exposition ?

Jean-Benoît Meybeck : Pour l'exposition j'ai décidé d'être efficace, en proposant, tout simplement, de construire un mini centre de rétention au cœur du pavillon jeunes talents du festival ! La présence complètement incongrue et dérangeante de cet "équipement" à cet endroit là constituerait, un pied de nez particulièrement corrosif, ou un cri de colère, comme on voudra. Les visiteurs seraient invités à rentrer dans le centre, visiter les cellules, etc. Toutes choses qu'il est impossible de faire dans la réalité, tant ces lieux sont rendus opaques et invisibles par l'administration française. Rien que ça constituerait une expérience intéressante.

Aux murs du "Centre", on trouverait plus de cinquante planches originales de la bande dessinée (qui en compte 120), et quatre peintures que j'ai réalisé dans le cadre d'une exposition itinérante liée à la bande dessinée CRA : ce sont des tableaux de 90x90 cm, à la peinture acrylique et à l'encre de chine, en noir et blanc, qui reprennent et extrapolent certaines cases du livre.

Il y aurait aussi des affiches qui informeraient sur la politique migratoire européenne, ainsi qu'un panneau présentant la déclaration universelle des droits de l'homme. L'article 13 de cette déclaration stipule que "Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un État".

Le visiteur serait donc à la fois immergé dans le thème et dans le décor du livre, tout en étant informé de ce qui se passe en son nom.

Ce qui fait que l'expo, tout en étant assez grave de part son thème, serait également ludique et décalée, par sa scénographie, et par le choix de reconstituer un CRA dans un festival dédié à la bande dessinée.

On trouverait là des (faux) barbelés, des miradors (avec de fausses caméras), des grillages, des cellules, tout comme dans un vrai CRA. Ce serait presque comme un parc d'attraction, mais un peu particulier ! Donc, oui, la scénographie est très importante dans ce projet d'exposition !

Pauline Aubry : Dans l’expo on trouvera : les planches originales de l’album (encre de chine) ainsi qu’un sélection de crayonnés, des panneaux explicatifs pour guider le visiteur dans son parcours (guide, classification, fresques, textes), un dispositif photo : silhouette taille réelle des ados sur socle avec un trou pour y glisser sa tête (photo qui pourra être postée sur la page Facebook "les mutants"), un patchwork des dessins des patients de "l’hôpital des ados ". J’aimerai aussi en profiter pour rendre hommage à “l’ado attitude” en proposant au visiteur de se vautrer à son tour, dans « le corner de vautrage » équipé d’un vieux canap’ ou d’un tas de coussins, le tout dans un univers sonore et visuel 90’s. (diffusion sur une vieille télé avec magnétoscope d’extraits de séries comme Beverly Hills, Hélène et les garçons, Hartley cœur à vif, Dawson…). Un espace participatif proposera au visiteur de laisser sa trace à l’instar de l’ado qui aime marquer sur un arbre, une table, un mur. Mise à disposition d'un tableau aimanté ou tableau noir avec des grandes questions existentielles, où le visiteur sera lui-aussi invité à ajouter ses propres réflexions. Enfin, les traditionnelles goodies : Sac en toile, badges, cartes citations, mug I love Freud.

Violaine Leroy : La scénographie fait donc partie intégrante de l'exposition : il y aura deux espaces ; l'un chaotique et l'autre plus épuré, du son, des installations en volume, de la vidéo. J'ai envie de faire appel à l'imaginaire du visiteur et à ses sensations. Plus égoïstement aussi, profiter d'un espace pour travailler autour du volume, de la représentation dans un espace donné, c'est une nouvelle manière de créer aussi, de tester d'autres façons de raconter au delà de la case et de la page. Le plus simple est encore de découvrir la description complète de l'expo sur le site Kiss Kiss Bank Bank.

Qu'est-ce que cela apporte par rapport au livre ?

Pauline Aubry : Le Pavillon Jeunes talents, me semble être un lieu idéal pour proposer une immersion au cœur de l’adolescence.  Les mutants c’est beaucoup plus qu’une BD, c’est une rencontre, une régression au pays des ados, une réflexion profonde sur la construction de l’identité, un monde de maux. Les mutants ouvrent leurs portes au visiteur pour lui proposer une autre vision de l'âge ingrat. A la fois, drôle et dramatique. A leur image, extrême ! 

Vous, moi, parents, grands-parents, pas encore parent, nous côtoyons chaque jour des mutants. Nous les observons avec méfiance, mépris, amusement, comme s'ils étaient un phénomène de foire. Mais en y réfléchissant, nous hébergeons tous un mutant, celui que nous avons été celui qui continue de vivre en nous, en dessous de toutes les couches qui nous ont construit.

Alors donnons-nous le temps de redevenir un ado, le temps d'une expo. Une expo où l'on pourra s'avachir, se vautrer, trainer... Perdre de la vitesse. Vivre au rythme d'un mutant. Entrer en immersion dans le monde des ados. Des sons, des musiques, des souvenirs.

Jean-Benoît Meybeck : Tout mon travail depuis que le livre est sorti, est de sensibiliser le public à ces thématiques : la migration, les politiques migratoires européennes, l'accueil des migrants et des réfugiés en Europe, etc. Le livre, même si il marche bien, a une résonance limitée, car ce sont surtout des convaincus qui le lisent. Je suis invité dans des librairies militantes, des festivals engagés, par des associations travaillant dans ce domaine, etc.

Le fait que l'expo serait mise en place en plein FIBD, cela donnerait une résonance exceptionnelle à un public d'une très grande diversité, cela pourrait sensibiliser des personnes que j'aurais difficilement pu atteindre autrement.

 

Êtes-vous inspiré par le travail d'un artiste auquel vous vous ressentez proche ?

Violaine Leroy : Un des décors importants de mon histoire se situe dans un musée, composé d’œuvres choisies et de clins d’œils à des installations, photos, sculptures, films que j'aime et qui m'inspirent. La création de mon album BD a donc été traversée par ces inspirations, elles sont tellement nombreuses que je ne peux pas toutes les citer (mais, je peux en parler des heures avec enthousiasme !). Cependant les plus évidentes ou les premières qui se sont imposées au moment de l'écriture du scénario : les films de David Lynch et son travail autour du dessin, les photographies de Koudelka, les livres de Yoko Ogawa, les documentaires de Jonathan Caouette...

Jean-Benoît Meybeck : En ce qui concerne la scénographie, pas particulièrement. J'aime bien aller voir des installations d'artistes contemporains, et je me suis peut-être inspiré un peu de ça pour créer mon "CRA" (bien que celui-ci soit un peu plus littéral que ce qu'on peu trouver dans l'art contemporain). J'avais bien aimé aussi la scénographie de Marc-Antoine Mathieu pour l'expo "Nocturnes" de la CIBD en 2014, ces éléments qui semblaient surgir hors des planches. Mais à vrai dire, en ce qui concerne cette expo "CRA", l'idée s'est imposée d'elle-même.

En ce qui concerne mon dessin en général, mes influences sont assez larges, depuis Franquin et Peyo, jusqu'à Beaudoin et Blutch, ce qui explique que mon style varie en fonction des histoires que je raconte (car je ne fais pas QUE des histoires en relation avec les migrants).

Pauline Aubry : Je suis une grande fan de Riad Sattouf, autant dans l’humour que dans le trait. J’avoue que je me plais à regarder en détail ses planches pour tenter de capter les secrets de sa technique ! Après je dirai que pour moi la principale inspiration c’est la réalité.  Je trouve que l'on est jamais aussi vrai que quand on part d’un vécu. C’est d’ailleurs pour cette raison que ce projet a de la profondeur parce que les personnages sortent tout droit du réel.

Trois bonnes raisons pour lesquelles le public devrait voter pour votre exposition

Jean-Benoît Meybeck : 1. Voir une expo liée à une actualité brulante en ce moment, et mieux connaître un des aspects obscurs de l'accueil des migrants et des réfugiés en France et en Europe

2. Découvrir le travail tant graphique que pictural, d'un auteur encore malheureusement trop peu connu ;)

3. Surtout, j'ai très envie de voir ce que pourrait donner, en plein milieu du pavillon "jeunes talents" du festival de la BD d'Angoulême, la présence complètement loufoque d'un centre de rétention. J'avoue que cela me ferait beaucoup rire. Mais je crois que j'ai en sens de l'humour particulier !

Violaine Leroy : Découvrir mon projet d'album par un autre biais, des tas de défis créatifs en perspective et l'occasion de créer de belles rencontres artistiques !

 

 

Nous vous rappelons les dates clés de Les Jeunes Talents s'exposent avec KissKissBankBank :

Du 11 au 25 septembre 2015 : vote du public sur le site KissKissBankBank, le projet ayant obtenu le plus de votes pourra lancer sa collecte de fonds sur KissKissBankBank. Votez ici !

Du 1er au 31 octobre 2015 : collecte des fonds sur le site KissKissBankBank. Avec l’aide du Festival, l’auteur et sa communauté sont invités à trouver les fonds nécessaires à la réalisation de l’exposition.

Du 28 au 31 janvier 2016 : l'exposition aura lieu sous le Pavillon Jeunes Talents® pendant le 43e Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême