Il se passe des choses de Guillaume Chauchat

Le lundi 23 février 2015 à 15h11

De la bande dessinée à la sculpture, de son premier album à l’exposition « Lignes » au sein du Pavillon Jeunes Talents® en 2015, découvrez l’univers de Guillaume Chauchat

Couverture Il se passe des choses © Guillaume Chauchat

En 2010 il a remporté le prix Jeunes Talents d’Angoulême avec Le bleu du mystérieux étui à guitare, on le retrouve aujourd’hui avec la publication toute récente de sa bande dessinée Il se passe des choses. Pendant ces trois ans, Guillaume Chauchat a fondé avec Léon Maret le fanzine Belles Illustrations, a réalisé des illustrations pour Le Monde et La Revue XXI, il a créé des figures en fil de fer et des animations comiques sur son tumblr Une Deux, avec un point qui caractérise son travail : une ligne élégante et une dose immanquable d’humour. On vous laisse avec Guillaume Chauchat et ses secrets d’auteur !

Quel est ton souvenir de l’annonce du Prix Jeunes Talents et qu’est-ce qu’il a représenté pour toi ? Aurais-tu des conseils à donner à ceux qui voudraient se lancer ?
Guillaume Chauchat : C'est un souvenir très agréable. Les marques d’approbation et d'encouragement ne font jamais de mal. J'aime bien avoir un cadre de travail, dans le cas présent une contrainte d'une à trois pages A3. Chacune de mes participations m'a permis de faire apparaître des envies (narratives ou graphiques). Je n'ai pas envoyé mes trois premières tentatives, mais elles m'ont toutes servi. Ça peut être un bon exercice de style.

Ton premier album Il se passe des choses vient d’être publié en juin dernier aux éditions 2024 et il sera le premier d’un triptyque. D’où est née cette histoire ?
Guillaume Chauchat : Le projet a démarré avec l'appel lancé par la revue Belles Illustration 5Voilà encore un autre exercice. Le format avait changé et les propositions longues étaient encouragées. Je suis donc parti avec l'idée d'une BD comprenant entre vingt et trente pages sur un format à peine plus grand qu'une A5. N'ayant pas l'habitude de travailler sur un format aussi petit, cela m'a donné envie d'utiliser un graphisme extrêmement simple pour des questions de lisibilité.
Je traînais depuis trois ans une bande dessinée, que je n'arrivais pas à terminer et dont chaque page était assez longue à réaliser. Je n'arrivais pas non plus à me lancer dans un nouveau long projet tant que le premier n'était pas terminé. C'est donc avec enthousiasme que j'ai accueilli l'idée d'une BD semi longue, dans laquelle va se retrouver l’énergie de plusieurs travaux inachevés ou non commencés. Une fois ces pages terminées - qui sont un recoupement de scénette d'une ou deux pages – je me suis amusé à extrapoler chaque élément de la narration, me retrouvant avec une dizaine de petites histoires. L'une d'entre elle - celle d'un enfant qui assiste à un tour de magie – sera développée en trois parties aux merveilleuses éditions 2024.

Il y a d’autres auteurs qui ont fait de la ligne leur fondement de création, par exemple Alessandro Sanna ou, plus loin dans le temps, Osvaldo Cavandoli avec ses dessins animés appelée La linea (La ligne) ; dans ton cas, la ligne imprègne la sinuosité des textes autant que les décors et les personnages. Comment s’est déclenché cet amour pour la ligne ?
Guillaume Chauchat : La ligne est un outil qui convient bien au paresseux. Je ne dis pas que ceux qui l'utilisent le sont, mais en ce qui me concerne c'est sans doute ce qui me séduit le plus en elle. Elle permet des dessins quasi immédiats et graphiquement très forts.
Enfant ce que je préférais dans les revues de bande dessinée française, c'était les dessins d'humour légendés. Je lisais aussi beaucoup de strips américains, comme Blondie, Beetle Bailey, les dessins légendés de Gary Larson, Peanuts, les strips de Gary Tudeau, Calvin et Hobbes, etc.  (Il y a aux Etats-Unis, où j'ai passé une partie de mon enfance, un supplément bd d'une dizaine de pages dans l'édition du dimanche du journal).
J'ai également grandi avec les BD de Cabu, Reiser, Wolinski ou Lauzier, qui étaient dans des cartons au grenier et que je lisais en cachette. Plus tard aux Arts décoratifs je découvrais les lignes de Picasso, Matisse ou Klee. Guillaume Dégé, qui dirige l'atelier illustration, me montre, entre autres, Gorey, William Steig et des dessins calligraphiques du 17e. Et puis il y a Steinberg. Et enfin Calder après l'école. La liste n'est bien évidemment pas exhaustive.
La ligne est donc venue naturellement, sans réfléchir. Plus particulièrement, pour Il se passe des choses je voulais éviter tout ce qui n'était pas nécessaire. Ma tentation dans un projet est toujours de vouloir tout mettre, ici j'ai voulu en mettre le moins possible, un dessin sans effets. Même si j'ai essayé de rester vigilant pour que l'épure ne devienne pas à son tour un effet, la ligne est particulièrement visible.

Ton activité artistique est divisée entre publication papier, écran et arts plastiques à travers ces sculptures en fil de fer,  qui sont autant de différentes déclinaisons de ton univers. Est-ce que tout découle d’une ou plusieurs lignes simples ? Quel est ton champ de prédilection ? Quel est celui qui t’offre le plus de liberté et celui qui représente un défi plus grand ?
Guillaume Chauchat : Jusqu'ici mon dessin joue surtout avec la ligne, mais comme je l'écris précédemment ça s'est fait un peu comme ça. Je ne me dis jamais en commençant un projet : « qu'est ce que je vais bien pouvoir faire à la ligne ? », mais pour l'instant, mon travail tourne beaucoup autour d'elle. En ce qui concerne les séries de dessins et les fils de fer, ce sont des terrains de jeu au même titre que la bande dessinée, il se trouve que c'est en bande dessinée que je me suis le plus investi.

Quand tu te trouves au milieu de ta création, avec une plume, le clavier ou un fil à la main, qu’est-ce que tu cherches ? Une histoire, un équilibre, un rire, un jeu, un souffle poétique, la beauté esthétique ?
Guillaume Chauchat : Ça dépend. Tous les éléments cités sont de bonnes réponses. Parfois, c'est juste un élément, parfois une combinaison, parfois juste à passer le temps. Ce qui me procure le plus de plaisir, c'est quand je me fais rire à voix haute à mon bureau.

Enfin, la traditionnelle question, quels sont tes prochains projets après ce livre ? Travailles-tu déjà sur la suite de cette trilogie ?
Guillaume Chauchat : Je viens de terminer le deuxième volet de Il se passe des choses, que je laisse reposer un mois ou deux, et je suis en train d'écrire le troisième volet. Ensuite j'ai un projet d'album illustré avec un ami. Après ça on verra.

Vous en savez désormais plus sur Guillaume Chauchat, et vous pouvez dès maintenant suivre l’actu et ses nouveaux projets sur son site, mais surtout ne manquez pas d’aller voir son album Il se passe des choses, qui ne vous laissera pas indifférent !
En 2015 le Festival lui a consacré une exposition « Lignes » au sein du Pavillon Jeunes Talents®  à retrouver ici.