Interview de Pauline Aubry

Le lundi 22 décembre 2014 à 16h04

Quelques questions à Pauline Aubry, ex-lauréate Jeunes Talents en 2014, autour de son nouveau reportage graphique sur l'hôpital.

©Pauline Aubry

Pauline Aubry a transformé ses trois planches lauréates au Concours Jeunes Talents 2014 en reportage graphique, mélangeant son expérience et celle des jeunes du service de pédopsychiatrie, dont vous verrez bientôt une sélection dans la revue XXI. Nous avons interviewé l'auteure pour en savoir plus.
 

Vous avez été sélectionnée l'an dernier au Concours Jeunes Talents. Comment avez-vous travaillé autour de ces planches ?
Pauline Aubry : Je suis partie d'une histoire personnelle, qui m'est arrivée à l’âge de 19 ans (aujourd'hui j'en ai 33). À cette époque je suis à la fac de droit. Je suis un peu perdue. Je ne sais pas ce que je vais faire de ma vie.  C'est là, que survient ma première crise d'angoisse. J'ai l'impression que je vais mourir. Mon cœur s'emballe. Paniquée, persuadée de ma mort imminente, j’appelle les pompiers. Ils me conduisent aux urgences. Et là le médecin me dit : "vous n'avez rien, c'est psychosomatique". Commence alors une longue série de crises, omniprésentes, qui  bouleversent ma vie, et petit à petit me coupent du monde. Je me sens incomprise, emprisonnée dans cette spirale,  mes proches ne me prennent pas au sérieux. Le médecin généraliste me gave d'antidépresseurs et d'anxiolytiques. Mais cela ne s'améliore pas vraiment. Je suis juste dans un état neutre, léthargique, ni triste, ni gaie. J'ai longtemps cherché une façon d'expliquer ce qu’est une crise d’angoisse, et en cherchant un sujet pertinent pour le concours, j'ai eu l'idée de faire ces planches, en imaginant un système graphique traduisant ce phénomène inexplicable. À partir d'un nombre limité d'images, jouer sur la répétition, la disparition, la multiplication, l'amplification de cette musique entêtante, insidieuse qui s'invite à l'intérieur de soi et vient dérégler complètement la vie.


À la suite du Concours Jeunes Talents, vous avez démarré un reportage à l'hôpital sur les prémices de l'histoire présentée au Concours. De quoi s'agit-il et comment ça s'est déroulé ?
P.A. : Je suis graphiste en freelance depuis 2006. En septembre 2012,  j'ai repris une formation en bande dessinée à l'école CESAN à Paris en vue de structurer mon désir secret de devenir auteure de BD. Grâce à cette formation je me suis replongée à fond dans le dessin et j’ai tenté d’apprivoiser les secrets de la narration. J'aime l'hôpital (qui ne s’appellera peut-être pas comme ça au final !) est l'un de mes projets de fin d'études : mon passé d'angoissée  m'a souvent conduite à l'hôpital où je me sentais rassurée par ces êtres doués de la capacité de vous sauver d'un AVC ou d’une crise cardiaque. Aussi, quand une de mes meilleures copines, pédopsychiatre dans un grand service parisien, m'a proposé de mettre en place un atelier BD avec ses jeunes patients internés en pédopsychiatrie, j'ai vu là l'opportunité de faire un reportage graphique sur l'hôpital, de rencontrer des jeunes atteints de maux psychiques, et de leur donner la parole sur ce sujet sensible. L'expérience a été très riche, et le reportage m'a donné matière à réflexion au-delà de ce qui était prévu.


Ce reportage sera bientôt publié dans la revue XXI. Pouvez-vous nous en dire plus ?
P.A. : Et oui c'est assez inattendu, j'ai envoyé une bouteille à la mer et j'ai eu la chance de rencontrer Patrick de Saint-Exupéry, rédacteur en chef de la Revue XXI, qui a été séduit par le projet, et m'a proposé de travailler sur un découpage de 30 pages. Nous avons retravaillé ensemble les contours du reportage (textes, transitions, mise en scène) pour proposer une version courte. Au niveau du style, je fais l’encrage à la plume, un encrage au trait, très léger, je me suis affranchie des cases pour aérer l'ensemble et ensuite j’ai choisi 3 couleurs « narratives » pour mettre en avant certains détails de l’histoire. Pour la revue XXI, j'ai privilégié la partie reportage, sur la partie autobiographique. Dans la version longue du projet, que j'estime autour de 90 pages, je voudrais développer une réflexion sur les thématiques que m'ont inspiré ce reportage : l'adolescence, le lien parent-enfant, la construction de l'individu, la symbolique de l'hôpital.... Mais aussi montrer plus de l'univers de l'hôpital : les gardes, la hiérarchie, le service de réanimation, les traitements.

 
Avez-vous des conseils pour les participants du Concours Jeunes Talents qui voudraient se lancer ?
P.A. : Je ne sais pas s'il y a des conseils à donner ! Voyons : d'abord je pense que c'est plus riche de partir d'une histoire qui nous tient à cœur, une anecdote personnelle, un truc pas "gratuit", ensuite je pense que le jury est sensible aux propositions graphiques innovantes tant par la forme que par le graphisme. Mon prof du CESAN, qui nous suivait sur les jeunes talents, m'avait conseillé de réfléchir sur une forme originale, remarquable. Puisque l’idée est de se faire remarquer et sortir du lot.


Quelle est la suite de vos projets ?

P.A. : Hé bien la suite idéale, serait : qu'après la parution dans la Revue XXI,  un éditeur soit séduit par le projet, et me propose de faire l'album entier. Mais en attendant j'ai beaucoup de travail déjà pour la réalisation de ces 30 planches d'ici le mois de février.

J'ai aussi un autre projet, un album noir et blanc, basé sur l'adaptation d'une pièce de théâtre d'Alessandro Baricco, Novecento pianiste. Une histoire de femmes, une malédiction familiale.

En voici le pitch : Juliette vient de perdre sa mère, Pénélope. D’elle il ne lui reste qu’un disque de jazz et une lettre. Dans cette lettre, elle va découvrir le secret de ses origines, l’histoire d’amour entre ses parents et comprendre ainsi la malédiction familiale qui pèse sur les femmes de sa famille.

Si vous avez envie de découvrir visuellement ces projets, ils sont en ligne sur mon site.

©Pauline Aubry