Fabien Nury

Le jeudi 27 novembre 2014 à 17h11

Consacré par le succès public, le travail de scénariste de Fabien Nury cultive à la fois la diversité et la cohérence. retour, par exposition interposée, sur les origines, influences et méthodes de ce créateur tous terrains.

© Rossi Nury Dargaud 2014

Plusieurs scénaristes se sont vu consacrer une exposition au cours de l’histoire du Festival: Jacques Lob, Grand Prix de la Ville d’Angoulême 1987, mais aussi René Goscinny (1991), Jean- Michel Charlier (1995) ou Michel Greg (1999). Fabien Nury a écrit depuis une quinzaine d’années de nombreux scénarios, et a multiplié les succès tout en se confrontant à des genres différents de la bande dessinée. Il entame sa carrière au début des années 2000 avec Xavier Dorison, autre futur grand scénariste, en coécrivant la série W.E.S.T (Dargaud), un western fantas- tique dessiné par Christian Rossi. Nury poursuit dans cette veine avec Je suis légion (Les Humanoïdes Associés) et le dessinateur américain John Cassaday, avant de se concentrer sur des récits plus réalistes, où l’histoire se mêle au policier, à l’espionnage et à l’aventure. En 2007 paraît le premier des 6 tomes d’Il était une fois en France (Glénat). Le public s’enthousiasme pour cette série dessinée par Sylvain Vallée, qui relate l’histoire trouble de Joseph Joanovici, un ferrailleur juif tour à tour collaborateur et résistant pendant la Seconde Guerre mondiale. Le personnage, par ses choix et ses contradictions, semble assez caractéristique des anti-héros de Fabien Nury, ces hommes ambigus qui conservent leur part de mystère et restent pour le lec- teur difficiles à juger d’une manière définitive – à l’image d’Atar Gull et de Tyler Cross, deux personnages dessinés par Brüno (Dargaud), mais aussi de Silas Corey, réalisé avec Pierre Alary (Glénat), ou de David Grief dans le tout récent Fils du soleil, avec Éric Henninot (Dargaud). Tous ces personnages évoluent dans des temps et des intrigues différents, qui traduisent à la fois le goût de Fabien Nury pour la mise en scène de destins singuliers et une aisance remarquable pour mêler fiction et histoire réelle, comme dans la série d’aventures L’Or et le Sang, écrite avec Maurin Defrance et dessinée par Merwan et Fabien Bedouel (Glénat), La Mort de Staline et Mort au Tsar, deux séries mises en images par Thierry Robin (Dargaud), ou encore le XIII Mystery consacré au personnage de Steve Rowland, dessiné par Richard Guérineau (Dargaud).
 

© Bruno Nury Dargaud 2014

Les dessinateurs avec qui travaille Fabien Nury le confirment d’une seule voix : le cinéma a une influence capitale sur l’écriture de l’auteur, à la fois en termes d’histoires et d’ambiances, mais aussi de cadrages et de mise en scène. On retrouve ainsi fréquemment des références à Sergio Leone, Joseph Losey ou Alan Pakula, et il est intéressant de noter l’emploi d’un vocabulaire très cinématographique dans les intentions du scénariste, avec une ambition que semble parfaitement résumer le dessinateur Merwan : « Fabien écrit des bandes dessinées d’envergure, et les décors, les personnages, la mise en scène, tout est pensé pour montrer au lecteur une grande aventure, un grand spectacle. » Conçue en étroite collaboration avec l’auteur, l’exposition présente la diversité de ses influences, de ses idées et de ses techniques, ainsi que les différentes étapes du travail avec les dessinateurs, de l’écriture à la planche finale, en passant par le story-board, les échanges sur la mise en scène ou l’emplacement des textes. Il s’agit ainsi de montrer comment se construit une œuvre, comment circulent jusqu’aux dessinateurs des informations à la fois explicites et inconscientes, et comment le scénariste, au sein d’une séquence, d’une planche ou même d’une case, doit résoudre de très nombreux problèmes, faire une multiplicité de choix qui permettent à l’histoire de fonctionner. Le visiteur est ainsi invité à s’approcher au plus près de la création, et à suivre pas à pas le cheminement d’un scénariste ambitieux, généreux et précis.

 

Exposition Fabien Nury
Espace Franquin, rez-de-chaussée, boulevard Berthelot
Production : 9eArt+ •
Commissariat : Fabien Nury •
Graphisme    et    Scénographie :    Philippe    Ghielmetti