Que la bête fleurisse par Donatien Mary

Le mercredi 19 novembre 2014 à 16h25

Interview de Donatien Mary, auteur de l'étonnant “Que la bête fleurisse” (éditions Cornelius), une bande dessinée inspirée par Moby Dick et réalisée en gravure sur cuivre.

© Donatien Mary / Ed. Cornélius

Donatien Mary nous plonge dans les mers obscures du 19e siècle, peuplés par un baleinier et son équipage contaminé par une forme de folie, ou peut-être une malédiction. Sur les traces des romans Moby Dick de Herman Melville et d'autres sombres récits de Joseph Conrad, Que la bête fleurisse raconte la mystérieuse dernière mission de ce navire, à travers le journal de bord de son capitaine. 

Album atypique du point de vue narratif. Presque muet, il n'y a pas de dialogue dans les cases, mais de temps en temps, on lit quelques extraits du journal de bord du capitaine ; forçant le lecteur à interpréter, augmentant le mystère... Pourquoi ce choix ?

Donatien Mary : Ce choix est le fruit d’un long travail de ré-écriture. La première version de cet album comportait des dialogues, et seul le harponneur était muet. C’est au fil des relectures que j’ai coupé dans les dialogues, pour m’apercevoir qu’il fallait simplement les supprimer. Plus j’avançais, plus l’histoire tirait vers la nouvelle fantastique, or, l’essentiel dans ce genre littéraire est de ne surtout pas trop en dire et ne pas trop décrire ce que l’on veut montrer.

En deuxième lieu, l'histoire de l'équipage court en parallèle avec l'histoire gravée sur les dents de cachalot. On a l'impression que tout concourt augmenter la tension et à déformer les faits, d’où vient l’idée de ce conte psychologique ?

D.M. : Les faits sont déformés par le silence qui règne tout au long de l’histoire et qui souligne l’aspect irréel. Les dents participent à cet effet. Outre le clin d’œil à la technique, elles accompagnent le lecteur vers la seule fin possible. Avec ces dents, l’histoire semble plus subie par les protagonistes, elles annulent leur volonté.

Enfin, la technique: les dessins sont presque tous des gravures sur cuivre – à l’exception de l’épilogue. Et l'écume terrible des vagues n'a pas manqué de nous rappeler les gravures d'Hokusai. Est-ce la première fois que vous utilisez cette technique ? Comment s’articule-t-elle avec le propos de l’album ?

D.M. : L’épilogue est lui aussi en gravure sur cuivre, mais je n’y ai pas ajouté d’aquatinte. Cette technique je l’ai découverte aux Arts Décoratif de Strasbourg. Tout d’abord elle me plaisait, et  elle me permettait de reproduire mes images, de fabriquer moi-même de petits livres. J’ai pris goût à travailler de cette manière, on a un rapport plus physique à son travail, et le dessin n’apparaît qu’à la fin, quand on estime qu’il est terminé. De plus, j’étais fasciné par cette bibliophilie du début du siècle, où les livres étaient élégamment illustraient de gravures, d’Otto Dix, de Gus Bofa, ou de Chas Labordes. J’ai voulu réaliser, moi aussi un ouvrage aussi précieux. La technique était présente dès les premières esquisses du scénario, les deux se confondent et je ne saurais pas dire lequel des deux s’articule autour de l’autre.

Vous avez été sélectionné au Concours Jeunes Talents. Qu'est-ce que vous a apporté cette qualification et quels conseils donneriez-vous aux participants d'aujourd'hui ?

D.M. : C’était il y a pas mal de temps déjà. Cela m’avait permis de découvrir le festival, et de rencontrer du monde. Je n’ai pas de conseil à donner aux participants, je trouve aujourd’hui encore extrêmement difficile l’exercice de réaliser une histoire originale en trois pages, je ne saurais que leur souhaiter bonne chance.

Quels sont vos projets pour la suite ?

D.M. : Je travaille actuellement sur la fin d’un album entamé dans la revue Lapin avec Sophie Dutertre : Le Premier Bal d'Emma. Histoire à tiroirs, inspirée des romans-feuilletons du début du siècle. Il devrait voir le jour l’année prochaine à l’Association.