Miroslav Sekulic-Struja pour Pelote dans la fumée

Le mardi 17 juin 2014 à 14h12

Récompensé parmi les lauréats du Concours Jeunes Talents® en 2010, l’auteur et peintre croate Miroslav Sekulich-Struja développe aujourd’hui une œuvre à part, à la technique très particulière. Dans le premier volume de Pelote dans la fumée (Actes Sud BD), il mélange son goût pour Bukowski et la BD populaire à une approche plus expressionniste. Il nous en dit plus dans cette interview.

"Pelote dans la fumée" © Miroslav Sekulic / Actes Sud BD

Pelote dans la fumée raconte une histoire à la fois dure et tendre : où se trouvent ses racines, et pourquoi avoir employé cette technique picturale ?

Au début j'ai eu plusieurs d'idées pour cette bande dessinée, mais j’ai finalement gardé celle qui m’est venue le plus naturellement. Dans tout ce que je fais je cherche l'inspiration dans le monde réel, dans mes expériences, dans mes souvenirs et dans tout ce que m'entoure, même dans mes rêves. J'aime bien mélanger les éléments réels avec les éléments fantastiques, ça me donne toujours l'occasion d’adoucir le visage laid de la réalité qui nous entoure parfois. Je n'ai jamais eu intention de raconter une histoire à 100% réelle. Pour voir ça, il suffit d’aller dans un orphelinat n'importe où dans le monde. Il me paraissait plus intéressant d’essayer de transmettre mes propres impressions.

Concernant la technique, je travaille à la gouache mais n'ai jamais eu pour autant l’ambition de perfectionner une technique en particulier : je préfère expérimenter. Dans mon livre, j'ai utilisé trois types de papier différents, en commençant la planche parfois au crayon, parfois directement au pinceau, et parfois avec des pinceaux très vieux, pour obtenir certains effets. En tout cas, je n'aime pas suivre des règles strictes.

Comment avez-vous réalisé cet album ? Quelles sont vos sources d’inspiration, et les œuvres que vous admirez le plus ?

Pendant un temps je cherchais un peu selon la méthode de Lee Strasberg – une technique utilisée par certains comédiens. Cela m'a beaucoup aidé à trouver certains personnages du livre, et c’est aussi grâce a cette technique que j'ai réussi à me remémorer de nombreuses images de mon enfance. Enfant, j'ai adoré les livres des frères Grimm, de Jonathan Swift, l'histoire du Baron de Münchhausen… même si j'ai grandi dans un monde plus proche de celui de Bukowski. J'apprécie aussi beaucoup des peintres comme Jérôme Bosch, Chirico, Escher, Magritte, Toulouse-Lautrec, Dali, Rousseau, Dix, Munch, Ernst, Cézanne, Van Gogh, Ilya Repin… 

Revenons sur votre parcours : le Festival d’Angoulême vous a découvert en 2010 lors du Concours Jeunes Talents, où vous avez remporté le troisième Prix. Que vous avait apporté cette sélection ?

Ce prix m’a évidemment encouragé à continuer Pelote, et m’a aussi beaucoup aidé à trouver un éditeur. En 2011, mon ami Guillaume Chauchat m'a invité à le rejoindre à Angoulême pour le Festival, et c'est à ce moment-là que j’ai rencontré Thomas Gabison, mon futur éditeur chez Actes Sud.

Quelle place occupe la bande dessinée en Croatie ?

La BD a toujours été très présente dans notre culture, mais la plupart des auteurs croates ont été forcés de s’exporter pour travailler avec des éditeurs étrangers, le marché de la  bande dessinée en Croatie étant vraiment trop petit. On trouve en Croatie de nombreux auteurs talentueux, mais ce serait difficilement viable de publier une bande dessinée seulement en croate. Et c'est ainsi que la plupart des rêves de papier finissent au grenier, dans les sous-sols ou derrière les armoires...

Quels sont vos projets futurs ?

En ce moment je suis en train de travailler sur le deuxième tome de Pelote (Hiver/printemps), et je prépare aussi quelques expositions, dont une a Saint-Malo pour le festival "Étonnants voyageurs". J'ai également commencé à développer de nouvelles histoires, parfois je fais une fresque, il m’arrive de vendre un tableau… En tout cas, tout ce que gagne est réinvesti dans la bande dessinée ! Je ne sais plus qui a dit : "La vie écrit des romans, mais les gens lisent des bandes dessinées". Je suis bien d’accord !
 

Lire l’interview de Jérémie Moreau pour Max Winson, et celle de Marion Fayolle pour l’exposition autour  du livre La tendresse des pierres