Gus Bofa, l’adieu aux armes

Le mercredi 16 octobre 2013 à 16h14

Affichiste, dessinateur de presse, chroniqueur littéraire, illustrateur et romancier, entre autres, Gus Bofa (1883-1968) a traversé le terrible XXe siècle et ses deux guerres mondiales, laissant derrière lui une œuvre aussi originale que secrète.

© Marie-Hélène Grosos / ADAGP

Commémoration de la Grande Guerre oblige, l’exposition met en avant le rôle joué par la guerre et le métier des armes dans la vie et l’œuvre de Bofa. Simple soldat d’infanterie, très grièvement blessé en décembre 1914, il reste marqué dans sa chair et son âme par ce qu’il appelle la Grande Farce. Rendu à la vie civile à l’état de mutilé translucide et décoloré, il réapprend à marcher, boxe sur une jambe et range dans un tiroir la Croix de Guerre et la Médaille militaire, que lui a valu sa conduite au feu.

© Marie-Hélène Grosos / ADAGP

La guerre, qu’il juge magnifiquement inutile, lui a cependant permis d’éprouver la merveilleuse vanité d’une vie, qu’il consacre désormais aux vices précieux que sont la paresse, la lecture, l’écriture et le dessin. Après avoir vainement tenté d’exorciser le traumatisme de 1914 avec deux pamphlets cinglants, Chez les Toubibs (1917) et Le Livre de la Guerre de Cent Ans (1921), et un roman de guerre, Rollmops, ou le Dieu assis (1919), Bofa continue de dessiner en marge des livres qu’il illustre, Le Train de 8 H 47Don Quichotte ou les Fables de La Fontaine, les petits malheurs et grandes misères des soldats, improvisés ou professionnels. La réflexion de Bofa se fait plus sombre et désespérée au fil des années 30, pour culminer, en pleine guerre d’Espagne, avec La Symphonie de la Peur (1937).

Cette exposition accompagne la publication, aux éditions Cornélius, de Gus Bofa, l’enchanteur désenchanté, d’Emmanuel Pollaud-Dulian. Première biographie consacrée à Bofa, elle tente de percer le mystère de l’homme, et analyse l’œuvre d’un artiste respecté de ses contemporains pour son talent et son intransigeance. Bien qu’il soit reconnu comme une influence majeure par bon nombre d’auteurs de bande dessinée contemporains - parmi lesquels Blutch, Nicolas de Crécy ou Jacques Tardi lui-même, Gus Bofa n’en reste pas moins aujourd’hui oublié et du public et de la critique.

© Marie-Hélène Grosos / ADAGP