Willem - biographie

Le mercredi 20 mars 2013 à 14h59

Willem
Grand Prix de la Ville d'Angoulême 2013

Né à Ermelo aux Pays-Bas le 2 avril 1941, Bernard Willem Holtrop, qui signe Willem depuis ses toutes premières publications à la fin des années soixante, est une figure majeure de la bande dessinée alternative et engagée, dont le style, la liberté et l’indépendance radicale ont inspiré plusieurs générations d’auteurs. Tous, unanimement, témoignent le plus grand respect à ce graphiste virtuose, qui à soixante-dix ans passés, dans la presse et en librairie, continue à décrypter les maux du monde et à se moquer de nos sociétés paradoxales avec une intelligence, un mordant et une jeunesse d’esprit que pourraient lui envier nombre de ses cadets.

L’identité d’auteur de Willem s’est forgée dans ce que les décennies soixante et soixante dix ont appelé la contre-culture. Proche des milieux contestataires, il participe aux événements de mai 68 et s’installe bientôt en France où il devient rapidement un habitué des journaux d’opinion, tout en continuant à travailler pour les lecteurs de son pays d’origine. C’est ainsi qu’on trouve très tôt sa signature au sommaire d’Hara-Kiri et Charlie Hebdo, les périodiques les plus radicaux de leur époque, où il signe à la fois des illustrations d’actualité et des récits courts en bande dessinée, parfois déclinés sous forme de feuilleton.

Tout son parcours sera dès lors marqué d’une double appartenance : d’un côté un considérable travail de dessinateur de presse (son nom apparaît au sommaire de la plupart des périodiques proches de la bande dessinée, comme Charlie MensuelMétal HurlantLe PsikopatZéro ou L’Écho des savanes, parmi beaucoup d’autres)et de l’autre une présence régulière en librairie, à travers des ouvrages provocateurs aux titres parfois étranges, violents ou poétiques : Serre-moi fort, Fred FalloAppétit, Anal SymphoniesPlutôt crever !Cœur de chienDick Talon nazillonMerci Ben Laden !, etc. Aujourd’hui encore, ce dessinateur éminemment politique demeure un habitué des pages du quotidien Libération, tout en publiant des albums et des recueils d’illustration chez Cornélius, son éditeur de référence depuis une quinzaine d’années.

 

Dresser la liste des publications de Willem tient presque de la gageure, tant est fournie la bibliographie de ce travailleur aussi prolifique qu’inspiré. Publié aussi bien par les éditeurs généralistes (Les Éditions du Square, Albin Michel, Les Humanoïdes Associés, Mille et Une Nuits, entre autres) que par les plus pointus des alternatifs (naguère Le Dernier Terrain Vague ou Comixland, plus récemment L’Association, Jean-Pierre Faur ou Les Requins Marteaux), Willem s’est souvent comporté en précurseur, notamment en pratiquant le reportage dessiné bien avant que cela ne devienne l’une des tendances fortes du 9e art. Insatiablement curieux, il n’a par ailleurs jamais cessé de mettre en lumière innovations et tendances nouvelles de la création graphique, en particulier à travers ses célèbres rubriques « Revue de presse » dans Charlie Hebdo puis « Images » dans Libération.  

Spécialiste de la forme courte comme la plupart des chroniqueurs de leur temps, Willem demeure aujourd’hui encore un repère et un inspirateur pour nombre de ses confrères plus jeunes. Apparemment insensible au passage des années, il demeure surtout un extraordinaire technicien du noir et blanc. En presque un demi-siècle d’une activité débordante, son trait n’a jamais rien perdu de sa singulière modernité.

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