Sonny Liew le prodige de Singapour

Si elle est connue aux États-Unis, l’œuvre de Sonny Liew était relativement confidentielle en Europe. En 2017, la publication de Charlie Chan Hock Chye, Une vie dessinée (Urban Comics) révèle un auteur talentueux, que le Festival est heureux de saluer par une exposition.

Institut français Singapour

Né en 1974, Sonny Liew grandit à Singapour, où il passe la plus grande partie de sa vie. Après avoir étudié la philosophie à l’université de Cambridge, il intègre la Rhode Island School of Design. Il entame une carrière de dessinateur dès le milieu des années 1990, publiant My Faith in Frankie avec les Américains Marc Hempel et Mike Carey chez Vertigo, filiale de DC Comics.

Depuis une dizaine d’années, il a reçu de nombreuses récompenses et certains de ses livres, comme Malinky Robot (Paquet) et The Shadow Hero (Urban China), sont traduits en français. Lors du Comic-Con 2017, trois Eisner Awards couronnent son nouveau livre, Charlie Chan Hock Chye, Une vie dessinée (Urban Comics). À travers cette autobiographie d’un auteur de bande dessinée imaginaire, Sonny Liew raconte l’histoire récente de Singapour, ancienne colonie britannique devenue indépendante en 1965.

Il invente de toutes pièces la vie d’un dessinateur prétendument né en 1938 et travaillant depuis un demi-siècle, afin de mieux éclairer le contexte politique et culturel de son pays, alors que le gouvernement impose depuis de nombreuses années son propre récit national – une histoire officielle reprise dans tous les livres scolaires. Sans parler même de l’engouement qu’il a
suscité, Charlie Chan Hock Chye a eu un retentissement sans précédent à Singapour, et ouvert une brèche dans l’orthodoxie gouvernementale.

Sonny Liew y déploie une large palette de styles, combinant des techniques variées (peinture à l’huile, lavis, crayon…) pour représenter les planches, les recherches et les souvenirs fantasmés de Charlie Chan Hock Chye… Et, par l’intermédiaire de son héros fictif, il rend hommage à tous les dessinateurs passionnés et anonymes qui ont jalonné l’histoire de son pays sans jamais obtenir de reconnaissance.

L’exposition consacrée à ce véritable prodige singapourien reviendra sur une œuvre étonnante qui s’impose d’emblée comme un classique, et sur les influences variées de son auteur – le maître Tezuka, mais aussi les grands auteurs de comics américains, au premier rang desquels Steve Ditko, le créateur de Spider-Man. Une exposition à ne pas manquer, qui sera accompagnée de la venue de l’auteur à Angoulême.

Caves du Théâtre d’Angoulême du 25 au 28 janvier 2018
Production: Institut français de Singapour
Commissariat: Stéphane Beaujean