Osamu Tezuka Manga no Kamisama

Une rétrospective exceptionnelle, la première du genre en Europe, est présentée à Angoulême pour saluer le mangaka mythique, l’un des auteurs de bande dessinée les plus prolifiques de tous les temps…

Considéré comme le fondateur du manga moderne, Osamu Tezuka naît à Osaka en 1928. Son père, amateur de cinéma, lui montre de nombreux films étrangers, tandis que sa mère, amatrice de théâtre, l’emmène régulièrement voir la célèbre troupe de Takarazuka, composée exclusivement de femmes qui se griment pour interpréter les rôles masculins.

La Seconde Guerre mondiale éclate durant son adolescence et l’aspirant mangaka se convainc qu’il faut prôner à tout prix la paix et le respect de toute forme de vie. À l’issue de la guerre, son humanisme passionnel devient le moteur d’une écriture et d’une
œuvre qui n’auront de cesse d’explorer tous les genres de la bande dessinée et de conquérir toutes les catégories d’âges.

Le long de sa carrière exemplaire, qui s’étend sur presque 50 ans et compte, selon les historiens, plus de 150 000 pages dessinées, Tezuka agence un univers immense et cohérent, peuplé de personnages célèbres. Au panthéon de ses créations trône bien évidement Astro Boy (Tetsuwan Atomu, 1952), l’enfant robot alimenté par une pile nucléaire, célèbre dans le monde entier puisqu’il joue de temps à autres le rôle d’ambassadeur du Japon !

C’est pourquoi, en plus des nombreuses récompenses qu’il a reçues pour son œuvre, Tezuka a été surnommé par ses pairs Manga no Kamisama. Le titre de Manga no Kamisama, en français, se traduit littéralement par « Dieu du manga ». Or, cette interprétation est trompeuse. La culture fondamentalement monothéiste de l’Occident sous-entend l’omnipotence de Dieu. Mais la situation est radicalement différente au Japon : entre le bouddhisme et le shintoïsme, les dieux se présentent plutôt comme des figures d’influence, dont on chercherait à s’attirer les bonnes grâces.

Tezuka ne serait ainsi pas tant le « Dieu du manga » dont découlerait tout un médium (et, il faut le dire, une industrie), qu’une sorte de « saint-patron » qui aurait accompagné l’éclosion d’un marché et aurait, surtout, donné ses lettres de noblesse au manga. Si Tezuka n’a pas inventé le manga, son œuvre pléthorique (les œuvres complètes publiées par Kodansha au début des années 1990 comptaient 400 volumes) est en effet jalonnée de récits incontournables, de purs moments de bravoure ou de génie graphique.

Bien évidemment, il exploite aussi quelques recettes bien rodées qui, d’ailleurs, lui ont été bien souvent empruntées par les générations suivantes. Surtout, domine dans toute son œuvre la foi indéfectible d’un auteur qui, dès l’adolescence, voulut faire de la bande dessinée, convaincu du potentiel qu’elle recelait, et l’utiliser pour diffuser un message profondément humaniste.

Osamu Tezuka n’a jamais fait l’objet d’une véritable rétrospective en France. L’exposition présentée par le Festival retracera le cheminement de son œuvre protéiforme avec une sélection exceptionnelle de 200 originaux. Il s’agira enfin de rendre hommage à un auteur venu au Festival en 1982 dans un relatif anonymat, quelques années avant que la bande dessinée japonaise s’exporte massivement à travers le monde.

TETSUWAN ATOMU by Osamu Tezuka © by Tezuka Productions

Musée d’Angoulême
Du 25 au 28 janvier 2018

Production : 9e Art+ / FIBD
Avec le soutien de Tezuka Productions
Commissariat : Stéphane Beaujean et Xavier Guilbert