Interview de Matthieu Bonhomme Prix du Public Cultura 2017

Le mercredi 26 avril 2017 à 15h31

Entretien avec le lauréat du Fauve d'Angoulême – Prix du Public Cultura pour « L'homme qui tua Lucky Luke »

Les lauréats du Palmarès à la loupe ! Le Fauve a interviewé Matthieu Bonhomme qui a remporté le Prix du Public Cultura pour « L'homme qui tua Lucky Luke » aux éditions Dargaud grâce au vote de plus de 15.000 lecteurs sur le site Cultura.com. Il nous a raconté sa relation d'amour avec Morris et son personnage culte, origine du western français ; et le défi touchant – et bien réussi – de “faire son Lucky Luke”. L'auteur a également reçu le Prix des Lycéens 2017, désigné par les élèves de la Région Nouvelle-Aquitaine.

Dans quelles circonstances avez-vous repris le personnage ? Quelle influence Morris a-t-il eue sur votre travail ?
Matthieu Bonhomme : Morris a eu une influence majeure sur mon travail depuis mes premiers émois de lecteur, et son Lucky Luke m'a véritablement construit. C'est l'auteur de mes premières lectures, celles dont je me souviens. Tout jeune je regardais les images, puis vers 6 ans je déchiffrais les bulles écrites en gras, puis progressivement le reste des textes. Lucky Luke est le personnage que j'ai le plus recopié. Mon amour pour le dessin, les histoires, et le western, sont nés grâce à lui.
Je n'ai jamais eu pour autant un amour exclusif, puisque j'ai bien sûr lu énormément d'autres choses. Au Lycée, avec la découverte de la génération 70 et surtout de Moebius, je l'ai même rejeté. Puis, me mettant plus sérieusement à produire moi-même de la bande dessinée, j'y suis naturellement revenu. Tout était là. De façon immuable, intemporelle. La clarté, la rigueur, la liberté, le souffle, la mécanique narrative. J'ai compris avec le temps que c'était vers ça que je voulais aller. Quelque chose d'universel, sorti des modes. Mon "Saint Graal".
Reprendre le personnage n'a pour autant pas été la grosse angoisse paralysante que je redoutais. Pour me rassurer, il y avait le fait que pour moi Lucky Luke est un personnage polymorphe. J'ai toujours lu ses albums dans le désordre, et comme le style a beaucoup changé, je ne voyais pas pourquoi ma proposition pourrait être tellement différente. Le personnage, je le connaissais au fond. Pour moi, c'est bien le même. Et puis cette série a eu des très hauts, mais aussi des bas. Et je n'ai pas toujours adhéré à l'évolution du personnage. Au bout d'un moment, je n'ai plus retrouvé mon Lucky Luke, il me manquait. C'est avec ces éléments que je me suis permis, au culot, de proposer aux éditions Dargaud mon projet. L'anniversaire des 70 ans était au programme, et mon éditeur a vu le bon moment pour sortir un tel hommage. Le stress est monté, le plaisir aussi. Beaucoup plus haut. J'ai rarement autant plané que pendant ces moments de création…

Proposer au public un album « vu par » suppose un cahier des charges assez complet ? Quelle était votre marge de manœuvre ?
Matthieu Bonhomme : Assez vite, en effet, la question de mon espace de liberté s'est posée. Aussitôt que les éditeurs m'ont dit oui, j'ai demandé si je pouvais le faire fumer… Ils m'ont répondu non immédiatement ! Dans un premier temps déçu, j'ai constaté que cette question était très importante pour moi. J'ai décidé d'en faire mon sujet. Je dois dire que j'ai adoré de faire de ce moins, un plus. Jouer avec la contrainte, c'est vraiment un défi amusant. Pour le reste, j'ai eu les coudées franches. J'ai vraiment fait ce que je voulais. C'était le fond du projet. Faire mon Lucky Luke. Ma vision. Et je dois dire que l'éditeur a été très cohérent avec ce principe du début à la fin. Les notes de lectures étaient toujours pour aller dans le sens de mes idées plutôt que vers une charte contraignante. C'est sans doute injuste, mais j'ai du coup été beaucoup plus libre que les auteurs de la reprise de la série principale, à ce qu'il paraît.

Y a-t-il une partie sur laquelle vous avez aimé travailler en particulier ?
Matthieu Bonhomme : Il y en a plusieurs, évidemment ! C'est le premier western que j'ai écrit et dessiné. Ce genre que j'aime tellement depuis toujours me faisait peur. J'ai longtemps cherché “la porte d'entrée” pour y trouver ma place. C'est Lucky Luke qui me l'a ouverte. Et puis ce que je voulais c'était parler de lui en profondeur, et je crois qu'à certains moments j'ai vraiment été touché par l'émotion que je ressentais pour lui. Comme s'il vivait réellement.

Comment avez-vous reçu ce prix du Public Cultura ? Quelle importance a-t-il pour vous ?
Matthieu Bonhomme : Dans ces conditions d'implication, recevoir un prix est un énorme cadeau. À fortiori à Angoulême, le prix du public, c'est extraordinaire et inattendu. C'est quelque chose de vraiment puissant. Un shoot d'adrénaline, de confiance en soi, une sorte de produit dopant homologué par la fédération. Il y avait des livres super bons en face. Je suis réellement privilégié. Du coup, ça me met un peu de pression, aussi. Il ne faudrait pas que je me comporte comme un enfant gâté. Il faut que je monte l'exigence, que je progresse, que j'arrive à me prouver que je ne l'ai pas volé à quelqu'un d'autre, celui-là…

Quels sont vos projets futurs ?
Matthieu Bonhomme : Il y a beaucoup de choses dans les tuyaux. Mais le prochain album sur lequel je travaille est une collaboration avec Fabien Nury. C'est une histoire de princesse. C'est nouveau, c'est différent, je découvre, j'apprends, et je m'amuse.