Sophie Guerrive : Honneur et profit

Le Festival met à l’honneur l’une des résidentes de la Maison des Auteurs d’Angoulême, en dévoilant une œuvre à la fois complexe et primitive. C’est à un fascinant voyage immobile que Sophie Guerrive invite les lecteurs.

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2024

Lorsqu’elle était enfant, Sophie Guerrive s’identifiait à Mafalda. Née à Marseille, elle s’installe à Aix-en-Provence puis à Strasbourg, où elle étudie aux Arts Décoratifs. Elle fait ses armes, en collaborant à divers fanzines et revues et en ouvrant une éphémère galerie d’illustrations avant de monter s’installer à Paris. Depuis 2013, c’est à la Maison des Auteurs d’Angoulême que l’autrice a posé ses crayons, et son œuvre, où la bibliographie côtoie la webographie, se voit en 2017 consacrée par une exposition au Festival.

C’est en 2007 que l’autrice fait son entrée dans la bande dessinée en publiant en format poche Girafes, album annonciateur d’un trait minimaliste et d’un humour dont la première règle est que tout peut advenir, à l’image de Chef Magik, publié les années suivantes. Ce petit personnage composé d’une ligne déroute le lecteur par ses aventures où l’humour devient corolaire de la poésie, créant presque par mégarde l’absurde et le nonsense.

Capitaine Mulet © S.Guerrive - éditions 2024 / 2016

 Ces deux premières réalisations font la part belle aux dialogues et aux mots simples mais jamais simplistes, toujours incisifs. Dans Crépin et Janvier, publié en 2009, le trait reste épuré, en noir et blanc, mais l’histoire s’étoffe dans le cadre d’un XVIIIe siècle marivaudant où Crépin, dans le rôle du bourgeois romantique, et Janvier dans celui de son double pragmatique, évoluent au fil d’une histoire à rebondissements aux allures de voyage philosophique.

Sophie Guerrive déploie peu à peu un style plus fouillé, précis jusqu’au moindre détail, où le lecteur devient cette fois-ci observateur, joueur et narrateur des histoires proposées dans les pages de Marines puis de Médiévales, parus en 2011 et 2012. Livres-objets et recueils de planches purement visuelles, les compositions s’appuient sur des références telles que la enluminures médiévales, les miniatures orientales, l’iconographie occulte des cartes de tarots, ou révèlent à la manière des cartes marines d’explorateurs les richesses réelles ou supposées de terres lointaines. Sophie Guerrive franchit un nouveau cap en 2016 avec la publication de l’album Capitaine Mulet. Ce nouveau héros est appelé, dès les premières pages, à voyager « droit au couchant, sans détour ni répit », à la manière d’un Don Quichotte tout à la fois explorateur aux ordres du Roy et exilé voguant au gré de ses chimères.

Capitaine Mulet - © S.Guerrive - éditions 2024 / 2016 (pour Tulipe et Capitaine Mulet)

Le dessin et les dialogues, comme les deux versants de son œuvre antérieure, y sont pour le coup réunis, de grandes planches hors textes venant marquer des pauses dans une suite d’anecdotes et de dialogues épiques. Très bien accueilli par les lecteurs, Capitaine Mulet est réimprimé au moment où paraît Tulipe, l’ours stoïque né sur la blogosphère et philosophant sans le vouloir avec ses compagnons (les deux livres ont paru aux éditions 2024). Du strip en quatre cases aux double-pages fourmillant de détails, il ne semble y avoir qu’un pas, quelques passerelles et beaucoup de talent chez Sophie Guerrive.

Galerie Art Image, 3, rue de Genève du 26 au 29 janvier 2017

• Production : Éditions 2024 / 9eArt+
• Commissariat : Sophie Guerrive
• Scénographie : Éditions 2024


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