Will Eisner, génie de la bande dessinée américaine

Will Eisner est un auteur aussi respecté qu’incontournable, à tel point qu’aux États-Unis il a donné son nom aux récompenses décernées chaque année aux meilleurs auteurs de bande dessinée – les célèbres « Eisner Awards ».

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Créateur en 1940 du Spirit, référence indémodable en matière de bande dessinée policière, série à la fois palpitante, ironique et sexy, Eisner est également, trente ans plus tard, le plus éminent initiateur, avec Art Spiegelman, des graphic novels, les romans graphiques qui ont révolutionné la bande dessinée mondiale. Il est ainsi l’exemple presque unique en bande dessinée d’un créateur qui aura connu au cours de sa carrière deux périodes créatives distinctes et aussi fécondes l’une que l’autre.

Né en 1917, fils d’immigrants juifs autrichiens et roumains, le jeune William vit une jeunesse de grande misère dans le quartier new-yorkais de Brooklyn. Partagé entre les rêves artistiques de son père (qui fut peintre de fresques dans les églises de Vienne) et les aspirations à la réussite sociale de sa mère, il se lance très tôt dans l’illustration et la bande dessinée. Son talent et son opiniâtreté lui permettent bientôt d’ouvrir un studio, en compagnie de son associé Jerry Iger. Recrutant des débutants qui ont pour nom Bob Kane (futur créateur de Batman), Jack Kirby (père du Captain America et des Fantastic Four)... l’Eisner & Iger Studio propose aux éditeurs de comic books des séries « clé en main », dont plusieurs (Hawks of the Seas, Sheena Queen of the Jungle) rencontrent un vif succès.

Will Eisner revend pourtant ses parts de l’entreprise en 1940, et se lance dans l’aventure d’une bande hebdomadaire pour les journaux. Il imagine alors une série policière d’un genre nouveau : The Spirit. Justicier masqué, Denny Colt, alias le Spirit, est un jeune détective qui pourchasse les bandits dans les bas-fonds de Central City, ville dans laquelle il est aisé de reconnaître New York. Malfrats patibulaires, pin-ups vénales et dangereuses, Eisner joue de tous les codes du genre hard-boiled, mais s’oriente très vite vers un second degré qui lui permet toutes les audaces visuelles et narratives. Ses références sont O’Henry, Maupassant, mais aussi Orson Welles, Howard Hawks et Fritz Lang. Le succès est grand. Eisner laisse pourtant sa création à ses assistants en 1942 et s’enrôle dans l’armée US pour combattre l’hitlérisme. Il se sert alors de ses talents de graphiste et de narrateur pour créer deux magazines qui vont être plébiscités par les troupes autant que par la hiérarchie militaire. Rendu à la vie civile en 1945, il retrouve son héros et inaugure la meilleure période de la série, un véritable feu d’artifice créatif. Il abandonne pourtant The Spirit en 1952 et, fort de son expérience militaire, fonde American Visuals Corporation, qui se sert du dessin et de la bande dessinée à des fins de communication institutionnelle et publicitaire.

© Will Eisner Studios, Inc.

Eisner est redécouvert dans la seconde moitié des années 1960 à travers la réédition des histoires du Spirit. Sollicité par les éditeurs, il orchestre avec brio la ressortie de son héros devenu un classique, mais refuse bientôt de prolonger la série. Conscient des changements intervenus dans le médium, il décide de renouer avec la bande dessinée d’une manière neuve en reprenant à son compte le concept de « roman graphique » : en 1978, il publie A Contract with God, long récit dessiné en noir et blanc, au format d’un roman. L’ambition littéraire est manifeste, et la réception publique et critique enthousiaste. S’ensuivront une quinzaine de graphic novels (dont Big City, Family Affairs, The Name of the Game, Fagin the Jew, The Plot...), qui établissent Eisner comme l’un des grands noms de la bande dessinée de la fin du XXe siècle.

© Will Eisner Studios, Inc.

Invité à enseigner la bande dessinée à la School of Visual Arts de New York, Will Eisner en tire deux livres de réflexions (Comics and Sequential Arts, Storytelling and Visual Narrative), qui en font l’un des rares auteurs/théoriciens du domaine.

Fêté et récompensé (il reçoit même plusieurs fois lui-même des Eisner Awards !), il ne cesse de publier et devient une référence pour les professionnels et les fans du monde entier. Il disparaît en 2005, des suites d’une intervention chirurgicale, à l’âge de 88 ans.

Grand Prix du Festival d’Angoulême dès 1975, un an seulement après la naissance de l’événement, Eisner aimait Angoulême, qui le lui rendait bien. Il était normal que, l’année du centenaire de sa naissance, la Cité internationale de la bande dessinée et le Festival unissent leurs efforts pour rendre hommage à l’un des géants de la bande dessinée du XXe siècle. Happy centennial, Mr. Eisner !

Musée de la bande dessinée 

• Du 26 janvier au 15 octobre 2017
• Production : La Cité internationale de la bande déssinée et de l’image en partenariat avec 9eArt+ 
• Commissariat d’exposition : Jean-Pierre Mercier et Denis Kitchen 
• Scénographie : Atelier Lucie Lom 
• Coordination : Sébastien Bollut


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