Une grande exposition parrainée par la Fnac et SNCF en forme de jaillissement d’images, pour explorer le dessin tel que le pratique Blutch : une pulsion vitale.
L'évidence du dessin nu. Brut. Puissant. Séducteur et sauvage. « Parce que la seule vedette, dans cette histoire, c'est le dessin et rien d'autre », ajoute Blutch, comme pour se dédouaner de ne pas chercher à servir aux festivaliers d'Angoulême, dans l'exposition monographique qui lui est consacrée quatre jours durant, une scénographie enjôleuse ou une cascade d'explications plus ou moins savantes, plus ou moins justifiées.
Un choix qui lui ressemble, à la fois rigoureux et spontané, exigeant et libertaire. Voilà une vingtaine d'années que Christian Hincker, alias Blutch, a surgi dans le paysage de la bande dessinée. C'était en 1988, dans les pages du magazine Fluide Glacial. Lecteurs et professionnels ne seront pas longs, au fil des parutions, à repérer l'exceptionnelle habileté de ce graphiste hors pair.
Surdoué du dessin, Blutch sait extirper de chacune de ses images le maximum de son potentiel esthétique et émotionnel, tout en proposant à chaque histoire et à chaque livre une approche novatrice de la narration en images.
Chroniques intimistes, clins d'œil humoristiques, épopée, bande dessinée grand public ou expérimentale, illustrations littéraires et musicales... quel que soit le registre choisi, Blutch s'est imposé, en deux décennies d'un parcours étourdissant de virtuosité, comme l'un des plus brillants stylistes de la bande dessinée contemporaine, en France comme à l'étranger.
Couronné en janvier 2009 par le Grand Prix de la Ville d'Angoulême, c'est donc lui qui ouvre le générique du 37e Festival, avec une exposition personnelle dont il est le maître d'œuvre sourcilleux.
Pas d'effort rétrospectif au menu de ce choix de quelque 250 visuels, et pas même de planches de bande dessinée. Afin de rendre au dessin le vibrant hommage qu'il lui destine, Blutch a voulu ne choisir que des images isolées, sans autre fil rouge que son intuition et ses envies. Aucun mot non plus, aucun cartel pour légender les visuels choisis. Blutch veut que le dessin, et lui seul, soit à l'avant-scène. Certaines de ces images ont déjà fait l'objet d'une publication : ce sera par exemple le cas des dessins de l'album La Beauté, présenté ici dans son intégralité, ou encore des dessins d'humour réalisés pour Le Figaro Littéraire.
Pour une bonne part cependant, les images proposées dans l'exposition sont inédites : des dessins personnels, voire intimes, couvrant une période d'une quinzaine d'années, aussi bien en couleur qu'en noir et blanc et de tous formats, tournant pour l'essentiel autour de la figure humaine. « Ce sont le plus souvent des images que j'ai faites pour moi, précise Blutch, et qui n'ont pas vocation à être publiées. Les montrer, c'est une façon de vérifier que ces images tiennent le coup malgré le passage du temps, et une manière pour moi de progresser dans mes recherches personnelles. »
Les festivaliers devraient néanmoins pouvoir retrouver, au fil de cet accrochage sobre et dépouillé, presque toutes les facettes de l'auteur du Petit Christian : le Blutch ironique ou farfelu que connaissent par exemple ses lecteurs de Fluide Glacial, mais aussi le graphiste plus onirique ou le dessinateur tragique qu'il a parfois laissé entrevoir au fil de ses albums, ou encore l'artiste amoureux du corps féminin.
Un contrepoint sonore et musical, enfin, accompagnera le parcours des visiteurs au fil de l'exposition. Blutch a donné carte blanche à un spécialiste du son, Manuel Plaza, pour « habiller » à sa guise l'espace de l'exposition avec des musiques ou des éléments sonores ambiants, en se laissant guider par ce que lui inspirera la sélection de dessins. Une manière pour l'auteur de Total Jazz d'adresser un clin d'œil appuyé à l'univers de la musique et des sons, qui ne compte pas pour rien dans ses sources d'inspiration.
Blutch
Place Henri Dunant (+ accès par le 21, rue d'Arcole)
Du jeudi 28 au dimanche 31 janvier 2010
• Production : 9e Art +
• Partenaires : FNAC, SNCF
• Commissariat : Raphaël Barban
• Scénographie : Mélanie Claude
• Design sonore : Manuel Plaza





