L’Atelier Noir de Vincent Sardon
26 janvier 2012 10h11

Dans la “cave” du Théâtre d’Angoulême se cache un Tampographe attachant.

Il était dessinateur de presse (Libération, puis Le Monde). L’actualité passe vite, trop vite pour l’artiste Vincent Sardon. “C’est un métier sans mémoire. Mon dessin, quelques jours, quelques mois plus tard, ne faisait plus sens”. Alors il se met à graver pour mieux marquer l’histoire.
Le tampographe a proliferé un peu tout seul” raconte Vincent Sardon. Ce machin s’est mis à pousser. Avant, j’exprimais mes idées, mes pensées, par la bande dessinée. Désormais, je pense en tampons, en texte, c’est presque un automatisme”. L’homme apprécie aussi que ces oeuvres fassent rire, réagir, sur son blog*, très suivi.

Ses premiers tampons naissent, manuellement, au milieu des années 90. Ils sont gravés à la main. On peut en voir certains, dans la première vitrine de l’exposition. Aujourd’hui, c’est une machine qui réalise les œuvres, en nombre limité. “Elle me permet d’utiliser des photos, des images. Tous ces éléments iconographiques : logos, publicité, images pornographiques, tout ce vacarme visuel qui nous envahit”. Vous l’aurez compris, Vincent Sardon a le regard critique. “Voici Degaulledorak “. Il pointe un tampon dans lequel le fameux robot a pour tête la non moins glorieuse figure de Charles de Gaulle. Les détournements foisonnent. Dernier en date, les Bons Points du Tampographe Sardon, affichés en grand format dans la première salle. Echantillons : “Les doigts de la main : le majeur” ; “Mangez des végétariens” ; “Les métiers qui paient plus trop : sosie de Giscard”... Autre série : les tampons injurieux ou honorifiques. “Cinq étoiles au Michelin”, “Machine à sexe”, “Prix Nobel de sexe” : “Mon préferé, celui que j’aurai vraiment aimé avoir, dans la réalité, reprend Vincent Sardon, c’est “inventeur officiel du disco”. J’aime l’idée de ces objets qui font rire et qui ont, dans le même temps, un potentiel d’agression. Cela permet d’exprimer nos névroses, nos pulsions primaires”.

Pulsion de produire pour cet artiste prolifique. “Les vitrines principales reflètent ce qu’est mon atelier. Je n’ai pas de stocks, je produis donc énormément. Il n’y a pas de distinction entre ma production et ma matière première. On trouve tout à la fois du caoutchouc découpé, des images, un paquet de cigarettes indiennes intitulées “Hitler”, des photographies de nus envoyées par un employé de la FNAC. Il les sélectionne dans les photos que font tirer les gens. Mon travail, c’est de générer ce désordre que vous voyez dans cette vitrine. Des carnets, les moules de mes tampons – on les appelle des “flans”. Pour l’exposition, j’ai tout mis dans quatre cageots. Et voilà. La création, à force de chaos, c’est la seule cohérence dans mon travail”.

Vincent Sardon a pourtant compilé dans un livre toutes ses créations, depuis 2007, dans une sorte de journal. “Des photographies, des tampons, des affiches. C’est quelque chose de très technique, sans thématique particulière. Mais chaque élément se succède. Un jeu d’association libre se crée, naturellement”. Le livre ne sort malheureusement pas avant mars. En attendant, les Bons Points du Tampographe Sardon sont disponibles sur le stand de l’Association, dans le pavillon du Nouveau Monde.

• Et pour mémoire, le blog du Tampographe Sardon : http://le-tampographe-sardon.blogspot.com/

 

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