Dessins variés, effets divers de Matthieu Chiara

Le mercredi 14 octobre 2015 à 11h03

Interview de l'ancien Jeune Talent Matthieu Chiara à occasion de la sortie de son album “Dessins variés, effets divers” aux éditions Le Monte en L'Air

Une publication aux éditions Le Monte en L'Air et beaucoup de projets pour la suite : plongez dans cet univers aux bornes de l'humanité avec cette première histoire longue en bande dessinée de Matthieu Chiara.

Après avoir réalisé plusieurs histoires courtes, vient de sortir votre premier album : “Dessins variés, effets divers” aux éditions Le Monte en L'Air. Comment avez-vous saisi cette idée ?
Matthieu Chiara : Ce qui m’intéresse dans les faits divers c’est le caractère brutal des événements qui viennent trancher froidement dans l’humain ou lorsque l’esprit d’une personne outrepasse les bornes morales qui lui permettent de vivre en société, la conduisant à commettre des actes terribles. Ce sont tous ces dérèglements absurdes de la vie que l’on ne peut pas expliquer mais que l’humour nous aide à accepter.

Est-ce que l’éditeur, puisqu’il s’agit d’un libraire, a influencé ce projet ?
M.C. : L’éditeur m’a laissé toute liberté et j’avais déjà une bonne idée de la forme de l’objet livre. Ce qui était intéressant, c’était sa vision de l’objet fini au sein d’une librairie. Comment rendre visible ce type d’ouvrage, comment le communiquer au mieux aux lecteurs.

Vous mettez en scène ces faits divers qui sont parfois drôles parfois misérables avec humour noir et satire. Quelle est votre réaction quand vous les lisez pour la 1ère fois ? Vous trouvez qu'il y a des faits divers caractéristiques de notre époque ?
M.C. : Au premier abord, je ris lorsque l’événement est simplement ridicule mais je suis aussi terrifié par la quantité de choses sordides qui se produisent chaque jour, chaque heure, chaque minute !! D’ailleurs j’essayais de condenser mes recherches sur quelques jours pour respirer un bon coup le plus vite possible ! J’ai aussi sélectionné et éliminé énormément de faits divers au sujet desquels je ne trouvais pas de passage vers l’humour.
Je ne pense pas qu’il y ait des faits divers caractéristiques de notre époque. On trouve dans le fait divers un dérèglement de l’humain qui a dû exister à toute époque avec les parricides, abandons, accidents…

Quelle technique et quelle structure avez-vous choisies pour mieux rendre ces histoires ? Pourquoi ce choix plutôt que la fiction ?
M.C. : Le mot « histoire » me plaît parce que j’essaie par le dessin de transformer les personnes victimes de ces événements tragiques en « personnages ». Je ne suis pas dans la moquerie, je ne pointe pas du doigt une personne en particulier. J’essaie plutôt d’atteindre l’humain en général. De plus l’on peut dire qu’avec le fait divers l’on touche à l’essence d’une histoire. Une personne a une vie ordinaire, banale, « sans histoire » et en un instant, elle devient le  personnage principal d’une histoire dont la résolution s’avère souvent pour le moins brutale !
Je pense qu’il est indispensable de partir de faits réels. C’est parce que ces faits divers sont véridiques que l’humour noir fonctionne et que l’on rit tout en grinçant des dents. Encore une fois il ne s’agit pas de se moquer mais plutôt de remodeler les horreurs de la vie en des éléments plus digestes. C’est ce qui m’attire dans l’humour noir : l’art de crever l’abcès avec une certaine élégance. Et finalement il me semble que l’on peut rire de tout à moins que l’on ne soit trop « proche» sentimentalement de ce dont on rit.
En ce qui concerne le dessin à proprement parler, j’ai utilisé un style graphique que j’utilise dans mes bd. Il me permet de représenter les personnages comme des petits bonshommes que j’essaie de rendre touchants et fragiles.

Vous avez participé au Concours Jeunes Talents en 2013, et vous avez été sélectionné avec “Le Buveur”. Qu'est-ce que ça a signifié pour vous ?
M.C. : Ça a tout d’abord été un grand plaisir de voir que mon histoire avait été appréciée à l’occasion d’un si grand festival bien sûr !
Ensuite cela m’a permis de travailler avec la maison d’édition l’Agrume qui m’avait repéré à cette occasion. Mais j’y reviendrai à la question 5 !

©Matthieu Chiara/Le Monte en l'air

Avez-vous des conseils ?
M.C. : Comme il s’agit d’une histoire courte je dirai qu’il est important de rester simple, lisible et sincère.

Quelles sont vos sources d'inspiration (films, bd, livres etc) ?
M.C. : J’ai un peu de mal à répondre parce que j’ai l’impression que ce que je vois et entends se condense en une bouillie mentale que je recrache après. Malgré tout, mes sources d’inspirations sont les gens que je fréquente d’une part et puis les mystères insondables de la vie comme tout ce que l’on découvre (ou pas) dans l’espace et qui tranchent avec ces saletés de faits divers ! D’une manière générale, j’aime toutes les formes de perceptions qui diffèrent du regard stéréotypé que l’on peut avoir sur la vie et son déroulement.
Sinon pour répondre quand même à la question je peux nommer dans le désordre les œuvres qui m’ont marqué plus ou moins récemment. En littérature il y a Le petit Mrozek illustré de Slawomir Mrozek, les Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov, Sanctuaire de William Faulkner. En Bande Dessinée il y a plein de petites choses que l’on trouve plutôt dans la bulle du Nouveau Monde et la dernière lecture au top c’était Glory Owl de Mandrill Johnson, Gad et Bathroom Quest (éd. Même pas mal) !
Et finalement je suis surtout amateur de films et notamment Haneke, Kubrick, Lynch, Malick, O.Russel. Mais bon j’aime bien un peu de tout. Et puis j’ai aussi beaucoup apprécié le film Kingsman de Matthew Vaughn qui a réussi à raconter une histoire à la fois drôle et surprenante avec probablement un grand intérêt du réalisateur pour le spectateur.
Et bonus : un peu de musique ! J’ai beaucoup écouté le dernier album des Arctics Monkeys (AM). J’ai également découvert une compilation de cumbia psycodélica du Pérou des années 70 me semble t-il (The roots of Chicha) ainsi que les morceaux d’un musicien électro japonais qui s’appelle KZA grâce au site Radiooooo qui propose de découvrir des morceaux dans tous les pays du monde de 1900 à nos jours.

Et quels sont vos futurs projets ?
M.C. : En ce qui concerne mes futurs projets, je termine une bande dessinée qui sera éditée chez l’Agrume et qui est prévue pour mai 2016 ! Il s’agit d’une bd humoristique autour du foot. J’avais tout d’abord dessiné une petite bd qui s’appelait Historiettes Brésiliennes  et  qui était parue dans le numéro 1 de la revue Citrus (éd. L’agrume). Suite à cela la maison d’édition m’a proposé de poursuivre le projet ce qui m’a tout de suite emballé ! C’est une histoire construite un peu à la Playtime de Tati. L’on retrouve une série de personnages impliqués dans des saynètes qui se déroulent le temps d’une soirée de match.
J’ai également réalisé un concert dessiné avec l’illustrateur et théoricien de la bande dessinée Jean-Charles Andrieu de Levis. Le spectacle s’appelle « L’explorateur du Cosmos » et nous aimerions pouvoir le jouer lors du festival d’Angoulême !

 

Vous pouvez en découvrir plus sur le site internet de Matthieu Chiara ici.

"L’auteur transforme la réalité en fiction pour mieux l’accepter. Et mieux en rire, ou alors en rire mieux. Il manie différents degrés d’humour qu’il combine allègrement. Grace à cette diversité, les dessins surprennent à tous les coups et le lecteur ne se retrouve pas confronté à un seul registre dont il commencerait à comprendre la mécanique et prévoirait les gags à venir.
Sans être condescendant, l’auteur s’amuse de la bêtise et de l’absurdité déjà contenues dans les titres. Il rend les personnages attachants. Certains dessins, plus rares, sont assez saisissants par leur silence et leur poésie qui tranchent avec l’ensemble du livre."

Vous pouvez également lire la suite de cette chronique de Jean-Charles Andrieu de Levis sur le site Du9 ici.

 

 

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