Ligne B par Julien Revenu

Le mercredi 29 juillet 2015 à 14h58

Julien Revenu, sélectionné au Concours Révélation Blog et lauréat du Concours de la BD scolaire A l'Ecole de la BD, a sorti son premier album «Ligne B».

Julien Revenu est un auteur de BD et illustrateur qui collabore régulièrement avec Le Monde, France Télévision et Rue 89. Nous l'avons interviewé à l’occasion de la sortie de son premier album, Ligne B publié par Casterman.

 

Ligne B est votre premier album, mais vous publiez régulièrement des dessins d’humour et des reportages dessinés ; et dans un cas comme dans l’autre vous vous intéressez surtout aux dérives de notre société ? Est-ce que cette fiction est aussi une manière de vous interroger sur le monde ?

Julien Revenu : J'aime mettre en lumière les contradictions de la vie moderne. Pour ce premier album, j'avais envie d'écrire une histoire qui s'inscrive dans le réel. Je me suis donc penché sur mes souvenirs d'adolescence. Ayant grandi en banlieue parisienne dans les années 2000, je me suis dit que je pouvais témoigner de cet univers parfois méconnu.

Comme toute œuvre d'art, la BD a pour fonction de déclencher un questionnement. Et ici le questionnement part du réel. Si tous les gens en colère se murent dans le silence, comme mon personnage principal, la conclusion sera explosive. J'espère donc que Ligne B permettra d'ouvrir le dialogue…

 

D’où vient cette idée, ce personnage qui se radicalise face à la peur de l’autre, au stress du quotidien ? La colère ? 

J.R. : La vie dans les grandes agglomérations, au sein d'une économie mondialisée, produit un effet catalyseur sur nos frustrations. À ce niveau de densité humaine, les inévitables frictions entre les individus peuvent créer des étincelles. Et je pense que nous avons tous une bonne charge de poudre à canon au fond de nous, car l'être humain est capable du meilleur comme du pire.

Ce que j'ai voulu faire à travers cet album c'est explorer le sentiment de colère et de ressentiment que peuvent ressentir les gens à la suite d'une agression. Cette énergie, si elle n'est pas convenablement canalisée, peut être destructrice. C'est autour de cette idée qu'est né le projet.

 

Derrière l’histoire tragique du personnage principal, on devine également les émeutes dans les banlieues françaises de 2005, est-ce que cette histoire individuelle fait écho à cette situation de crise ?

J.R. : J'avais besoin pour cette descente aux enfers que le décor accentue la tonalité anxiogène du récit. C'est pourquoi j'ai choisi cette époque. En 2005, on est quand même allé jusqu'à déclarer l'État d'urgence pour faire face à une situation explosive…

La révolte ne me semble pas être une réponse mais un symptôme du malaise des banlieues. Ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Ce que nous avons échoué à faire, c'est tirer les leçons de nos erreurs. Les politiques n'ont voulu voir dans les émeutes de 2005 que la rébellion de jeunes désœuvrés. Mais le moteur de cette rébellion, la frustration, est un sentiment bien réel et partagé par beaucoup d'habitants. Cela a été négligé pendant dix ans et aujourd'hui nous en payons les frais…

 

Vous étiez lauréat du Concours de la BD Scolaire A l'Ecole de la BD et sélectionné au concours Révélation Blog. Qu'est-ce que vous a apporté cette qualification ? Quels conseils donnez-vous aux jeunes auteurs qui veulent se lancer dans le métier de dessinateur ?

J.R. : Ma sélection au concours Révélation Blog deux années de suite m'a donné l'occasion de faire connaître mon blog et d'échanger avec des acteurs du monde de l'édition. Ceux-ci m'ont fait intervenir par la suite sur des ouvrages collectifs. Comme cela s'était bien passé, j'ai pu relancer ce réseau professionnel lorsque Ligne B a commencé à aboutir.

Après, j'ai gagné un Écureuil d'or régional de la BD quand j'étais adolescent.

À moins d'être extrêmement talentueux et courageux, il est difficile de se former tout seul à la BD. Mieux vaut s'appuyer sur les bonnes écoles, celles qui transmettent les outils graphiques et narratifs indispensables par la suite. Mais attention aux écoles privées qui jettent parfois de la poudre aux yeux…

 

Quels sont vos futurs projets ?

J.R. : Je suis en train de mettre la dernière touche à une histoire de zombies qui sera mise en images par un collègue d'atelier. Je commence aussi à mettre en place mon prochain grand projet de roman graphique  – toujours sur une thématique sociale. Enfin, j'ai un projet humoristique dans les cartons qui concernera le monde associatif.
Je serai présent à l'automne à la Fête du Livre de St-Étienne.

 

Vous pouvez faire un tour sur le site de l’éditeur pour en savoir plus.

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