Sylvain Lepithec pour Peter & Sally

Le vendredi 17 avril 2015 à 10h40

Deux fois lauréat du Concours de la BD scolaire : A l’Ecole de la BD en 1998 et 1999, celui qui doit son pseudo à une planche primée où il était question de pithécanthropes nous parle de sa dernière série Peter & Sally.

Série de gags réalisés à quatre mains et, pour le temps de l’interview, Lepithec invite Bacaria son scénariste à répondre également à nos questions.

 

Quel en a été l’impact de ce concours sur ton travail ? As-tu déjà accompagné des jeunes souhaitant y participer ? As-tu des conseils ?

Sylvain Lepithec : Ce concours m’a surtout encouragé à continuer à faire de la BD. Mine de rien, un prix BD national quand on a 15 ou 16 ans, c’est gratifiant ! Après, je pense qu’il faut aussi avoir envie de faire ce métier et ne jamais baisser les bras, car les difficultés sont nombreuses, les échecs courants. Il faut savoir accepter les critiques et s’améliorer, rencontrer des gens, expérimenter le travail d’équipe (avec un scénariste par exemple). Participer à un fanzine permet cela. Finalement le concours donne une impulsion, une motivation, mais à tout un chacun de suivre sa voie, ou pas. J'ai connu quelques jeunes dessinateurs talentueux et primés qui n’ont pas souhaité continuer dans la BD.

J’ai effectivement accompagné quelques années des jeunes ados qui ont participé entre 2001 et 2004, quand j’étais intervenant dans un atelier de BD près de Poitiers. C’est aussi gratifiant de transmettre cette envie, de relever le challenge avec eux. J’ignore si certains ont continué…

 

Tes planches sont sur BDjeunecreation depuis le lancement. Que penses-tu de cette plateforme ?

 Sylvain Lepithec : Je n’ai pas vraiment eu le temps de participer au site. Mais c'est chouette de pouvoir exposer son travail sur internet. Quand j'ai débuté, le seul moyen de montrer son travail était de faire un fanzine. J'ai récemment refait mon propre site perso où j'ai ajouté une section « Archives BD » avec mes anciens travaux, notamment les BD parues dans le fanzine « Mad Hatter ». La plupart des auteurs essaient de faire disparaître les « vieux dossiers » (souvent, à raison), mais pour ma part, j'assume l'itinéraire parcouru, avec ses qualités et ses défauts. On peut choisir de les lire, ou pas. Moi je vois ça un peu comme des courts-métrages. Le dessin est différent de ce que je fais aujourd'hui, mais on peut sans doute y retrouver des points communs. Après, ce n'est pas à moi de le dire. Mais c'est visible. C'était de petites histoires pour expérimenter, trouver son style... Je n'ai en revanche pas mis mes BD réalisées pour les concours scolaires d'Angoulême de 1997, 1998 et 1999, mais elles ont toute leur place sur ce site puisque leur création est liée au Festival d'Angoulême ! Sinon, je trouve la plateforme vraiment intéressante pour les jeunes auteurs.

 

Quel a été le point de départ de Peter et Sally ?

Bacaria : Au bouclage de notre fanzine « Mad Hatter », nous avons estimé intéressant d’aérer le tout avec des gags en une planche. J’ai alors ressorti des petites histoires griffonnées sur des bouts de papiers racontant les déboires de deux gamins pas tendres avec le monde animal. Le problème c’est que j’étais très à la bourre sur les dessins d’une autre BD pour le même fanzine et que je ne pouvais réellement pas faire les deux projets dans les temps. Lepithec, qui, en bon élève, avait fini son boulot depuis belle lurette, s’est proposé pour le dessin. J’ai dit bingo ! Nous en sommes donc venus à collaborer sur ce projet moins par flemme de ma part que par mon incapacité à respecter les échéances… Et puis Lepithec et moi on adore bosser ensemble alors c’était l’occasion !

 

Alors, même si sous bien des aspects le trait évoque un album jeunesse, vous ne trompez pas longtemps votre monde, c’est un projet bien plus adulte. Quelles sont vos influences ?

 Sylvain Lepithec : Pour moi c’est vraiment de la BD jeunesse même si les adultes y verront effectivement un second niveau de lecture. Je pense que les gags se lisent très bien à 9 ans et aussi à 30 ans, mais on ne rira peut-être pas tout à fait de la même manière ! C'est ce qu'on aime, nous, en tant que lecteurs. Naturellement, on aime dessiner des BD qu'on aimerait lire. C'est aussi ce que dit Spielberg à propos de ses films : il fait des films qu'il aimerait voir. Cela me semble être une bonne philosophie ! Chez Sarbacane par exemple on aime beaucoup les albums d'Anouk Ricard (Anna et Froga, Commissaire Toumi). Cet esprit constamment décalé est vraiment jubilatoire. L'intérêt de Peter et Sally à mon avis est qu'il s'agit d'une BD avec beaucoup de sous-entendus. Tous les enfants vont avoir un niveau de compréhension différent de ce qui est implicite. Certains vont la lire au premier degré et y voir des histoires drôles et potaches. D'autres vont vraiment comprendre les sous-entendus. Il me semble que ce double niveau de lecture manque à beaucoup de BD pour enfants. C'est pourtant le propre de la bande dessinée que d'essayer de faire comprendre une histoire par des ellipses et des sous-entendus, puisqu'on ne peut pas trop montrer ni tout dessiner. En ce sens, Peter et Sally a peut-être une vertu pédagogique si on se penche sur certains gags. Après, soyons honnêtes : notre but premier est de faire rire. Certains gags sont purement visuels. Mais je pense qu'on peut relire les albums avec plaisir parce qu'on peut y voir de nouvelles choses, découvrir un petit sens caché….

En ce qui concerne le dessin je me suis vaguement inspiré des Peanuts (Snoopy), mais en fait les personnages étaient déjà créés depuis plusieurs années puisqu'on les avait dessinés pour notre fanzine. Quand j'ai dessiné cet album, je me suis donc surtout appliqué à la mise en scène et à la mise en couleur.

Après, c'est vrai qu'on nous souvent demandé si Calvin & Hobbes était l'une de nos influences. En fait, je dois avouer que je ne connaissais pas du tout cette BD quand on a commencé Peter & Sally ! Depuis, j'ai rattrapé mon retard heureusement et je vois pourquoi on les a comparées, même si je trouve l'œuvre de Bill Watterson infiniment plus riche et universelle. Calvin & Hobbes, c'est de l'ordre du génie. Maintenant je peux en parler en connaissance de cause ! On en est très très loin avec nos petits personnages... Clément, lui, connaissait cette BD. Peut-être a-t-elle été une influence pour lui, mais si elle l'a été, je pense que ça l'a été inconsciemment. Clément est du genre à picorer son inspiration dans tous les gens d'histoires et dans des médias très différents (littérature, BD, comics, manga, jeux vidéos, cinéma, séries, etc), il écrit assez spontanément, et ce qu'il écrit est un vrai mélange de toutes ces influences, sans qu'il soit véritablement possible de les distinguer clairement. Tout cela fusionne avec son propre vécu. C'est comme ça que fonctionne un auteur, non ?

 

Bacaria : Mes influences pour ce projet sont finalement moins artistiques qu’humaines. Effectivement, la majorité des gags de ce premier tome de Peter et Sally sont fortement inspirés d’observations que j’ai pu faire à l’époque où je travaillais en tant qu’animateur en centre de loisirs. Je tiens d’ailleurs à préciser que les gags qui m’ont été soufflés par les enfants ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Les enfants sont surprenants (parfois même trop). C’est ce que j’ai voulu exprimer dans cette BD. Il est donc vrai que Peter et Sally, bien que BD jeunesse, s’adresse aussi aux adultes curieux de savoir ce que font leurs chers bambins quand ils ont le dos tourné.

 

Quel est la suite de votre programme ?

Sylvain Lepithec : Le tome 2 de Peter & Sally est sorti en 2013, toujours avec Sarbacane. Ensuite, si les conditions sont réunies, peut-être qu’il y aura un tome 3 de José Lapin. Le dernier album date de 2011, mais je suis toujours régulièrement en contact avec le scénariste Messina. J'aimerais bien continuer cette série jeunesse qui est dans un tout autre registre que Peter & Sally, même si là aussi il y a parfois un second niveau de lecture. Mais c'est moins important. En revanche, c'est une BD qui est porteuse d'un message, d'une forme de morale, comme dans les contes. On évoque le respect de l'autre, de la différence, l'entraide... Je pense que c'est important de transmettre certaines de ces valeurs aux enfants. C'est donc plus classique comme approche, mais c'est aussi intéressant.

Parallèlement à tout cela je travaille sur un projet de BD d’aventure historique dont j’écris l’histoire. Je compte montrer ça à quelques éditeurs dès que ça sera prêt.  

 

Bacaria : En ce moment, je travaille sur un autre projet jeunesse que je n’ai pas encore proposé aux éditeurs. Je me lance enfin dans l’écriture d’un conte philosophique illustré… on verra bien où cela mènera.

 

Pour en savoir plus, voici les vidéo du teaser présentant "Peter et Sally vont trop loin" et "Peter et Sally en rajoutent une couche" et n’oubliez pas de faire un tour sur son site internet ou de lire ses planches présentes sur le site.