Simon Roussin pour Heartbreak Valley.

Le jeudi 24 octobre 2013 à 10h15

Simon Roussin, lauréat du Concours Jeunes Talents 2010, est un dessinateur et illustrateur diplômé de la remarquable école des Arts Décoratifs de Strasbourg. Il est cofondateur de la revue Nyctalope avec Matthias Malingrëy et Marion Fayolle. Il publie son 5e album en 2013.

Couverture Heartbreak Valley © Simon Roussin

Il compte parmi ses ouvrages Robin Hood, aux éditions L’employé du Moi (2010), Lemon Jefferson et la grande aventure, sélection officielle du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême 2012, aux éditions 2024 (2011), Les Aventuriers aux éditions Magnani (2012) et Le bandit au colt d’or aux éditions Magnani (2013). Simon Roussin nous a accordé une interview autour de son 5e album intitulé Heartbreak Valley, paru en 2013 aux éditions 2024. Il livre un ouvrage dans la lignée des précédents, en termes d’exigence graphique comme esthétique. Cependant, il crée une rupture en délaissant momentanément la couleur pour de grands noirs & blancs mêlant fond et forme dans une obscure histoire.

En 2010 tu faisais partie des lauréats du Concours Jeunes Talents, et en 2012 tu étais présent dans la sélection officielle du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, pour l’album Lemon Jefferson et la grande aventure, comment as-tu vécu ces expériences, ont-elles été utiles dans ta carrière pour la suite des événements ?
Simon Roussin : Ces deux évènements ont été deux jalons importants dans mon parcours. J'étais encore étudiant lors de ma sélection au Concours Jeunes Talents et c'était aussi la première fois que j'allais à Angoulême, avec Marion Fayolle et Matthias Malingrëy, nous y présentions le tout premier numéro de la revue Nyctalope. Plus tard, la sélection de Lemon Jefferson a été une belle surprise. C'était ma première bande dessinée après les Arts Décoratifs de Strasbourg. Cela a sûrement aidé le livre à se faire un peu plus remarquer au moment de sa sortie. Ces deux événements sont en tous les cas très motivants, ils permettent de confronter son travail à la critique, aux regards extérieurs, ce qui est toujours formateur.  

Tu collabores avec deux autres Jeunes Talents au sein de la revue Nyctalope que vous avez cofondée en 2009, comment est née cette aventure ? Comment organisez-vous votre travail d’auteur par rapport au travail au sein de la revue ?
Simon Roussin : Nyctalope est née alors que nous étions étudiants en troisième année aux Arts Décoratifs de Strasbourg. Au départ projet de classe, « catalogue de promotion », la revue a évolué pour assumer son statut d’objet éditorial. Dès le début, Marion, Matthias et moi avions la volonté de mener ce projet en marge de nos « exercices scolaires ». La revue devait être une espèce de laboratoire où les auteurs pouvaient essayer des choses, s’amuser, être audacieux. C’est pourquoi, très vite, elle s’est ouverte à d’autres auteurs, d’autres horizons. Aujourd’hui, elle accueille une petite vingtaine d’auteurs : un noyau dur qui nous suit depuis le début, puis d’autres qui viennent nous proposer leurs travaux où à qui l’on propose de participer. Pour l’instant, nous sommes encore tous les trois auteurs au sein de la revue. Depuis la sortie des Arts Décoratifs, Nyctalope est hébergée par les éditions Magnani, ce qui nous a permis d’augmenter le tirage et d’être diffusés en librairie. Nous restons tous les trois maîtres des choix éditoriaux, de la sélection des auteurs à la mise en page.  

Une figure principale, assez récurrente dans tes œuvres est celle du héros. On ressent quand même une certaine nostalgie dans ta manière de l’aborder, quels sont les héros qui t’ont marqué ? Et pourquoi cette fascination ?
Simon Roussin : C’est vrai que je travaille essentiellement autour de la figure du héros. Probablement parce que j’ai grandi en lisant des livres, en regardant des films peuplés de héros marquants. Tintin, Steve McQueen, Gil Jourdan, Paul Newman ou Jean-Paul Belmondo ont marqué mon imaginaire d’enfant.
Alors, aujourd’hui, ayant la chance de faire le seul métier que je n’ai jamais voulu faire, je pense à ces figures en construisant mes histoires. En fait, on me demande souvent de justifier ce choix du récit de genre héroïque, mais je ne me suis jamais posé la question, il est naturel chez moi. Je me sens à l’aise dans les récits d’aventures, ils forment une matière première malléable à l’infini.

Ce choix stratégique d’abandonner les couleurs acidulées à la Andy Warhol que tu affectionnes tant pour une illustration en noir et blanc dans Heartbreak Valley relève d’une vraie mutation dans ton travail, d’une nouvelle direction, qu’en est-il ? Etait-ce là une exigence imposée par le récit ?
Simon Roussin : C’est exactement cela. Ma technique dépend du propos, de la nature du récit mené. Pour Heartbreak Valley, je souhaitais faire une histoire dans la lignée des films noirs et mélos des années 50. J’avais en tête une ambiance en clair-obscur, de grands aplats gris, mais absolument pas de feutres. Le feutre apporte une forme de nostalgie liée à l’enfance, « oh ça me rappelle quand je coloriais seul à ma table, des traces de couleurs plein les mains ». Robin Hood, Lemon Jefferson ou Le bandit au colt d’or sont des récits peuplés de mon imaginaire d’enfant, de mes références lointaines auxquelles je souhaite rendre hommage. Heartbreak Valley est un récit plus âpre, je voulais un traitement plus froid et distant.

Quels conseils aurais-tu à donner aux jeunes auteurs de bande dessinée qui aimeraient participer au Concours Jeunes Talents ?
Simon Roussin : Simplement qu’il est important de s’amuser, de faire quelque chose que l’on assume, que l’on soit sélectionné ou pas à la fin !

Et, nous ne pourrons pas finir cette interview sans aborder la question récurrente, celle à laquelle tous les auteurs interviewés ont répondu : quels sont tes projets futurs ?
Simon Roussin : Mon prochain livre sera un récit en strips, Barthélemy l’enfant sans âge, à paraître aux éditions Cornélius. Je souhaitais construire une histoire entre le feuilleton d’aventures et le strip à idées ou gags. Il sera en couleurs, mais pas aux feutres. Encore une fois, je voulais trouver une technique appropriée à mon propos. Il sera imprimé en tons directs en reprenant la gamme limitée des vieux illustrés. Actuellement, je commence un nouveau projet, une bande dessinée pour le prochain Nyctalope à paraître en janvier 2014. Une histoire d’aviateurs entre les deux guerres qui débouchera sûrement sur un projet plus long.

Heartbreak Valley apparaît comme la confirmation du talent d’un auteur, qui surprend par cet ouvrage en décalage avec le travail accompli jusque-là, et démontre de ce fait qu’il n’a pas encore fini de livrer l’étendue de son art à travers la bande dessinée, affaire non classée !