Vivès, Ruppert & Mulot ou la tentation du monôme

Le mardi 19 mars 2013 à 15h06

Pendant quatre jours, le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême propose des conférences et des rencontres autour du 9e Art. Florent Ruppert, Jérôme Mulot et Bastien Vivès se sont prêtés au jeu, au Forum du Nouveau Monde, samedi après-midi.

Un monôme, c’est la fusion complète et totale de deux dessinateurs pour une seule œuvre. Impossible de reconnaitre la patte de l’un ou l’autre des auteurs. Ruppert et Mulot en sont un bon exemple. Formés aux Beaux-Arts de Dijon, ils se mettent à faire de la bande dessinée, un jour d’été un peu vide. Ils ne se sont plus arrêtés. ?? « Pour se délasser de notre grand projet de bande dessinée, on faisait du dessin récréatif. L’un commençait, l’autre complétait, et vice versa », raconte Jérôme Mulot.

« Très vite, nos dessins collaboratifs ont plu, tandis que nos travaux plus personnels ne soulevaient pas l’enthousiasme de nos amis », poursuit Florent Ruppert. Trois ans passent, trois ans de travail pour se fondre dans un crayon commun et surtout, pour dégager un style propre. ?? « On a fabriqué une banque d’outils, de noms, de matières communes. Par exemple, on a un mot pour désigner les paysages un peu flous, moins présents. Avoir un vocabulaire commun est très précieux », explique Jérome Mulot. Et il a fallu se défaire des idoles, Sfar et Trondheim, « tuer les pères pour laisser la place à Ruppert et Mulot », sourit-il. ??

Inclure Bastien Vivès pour créer La Grande Odalisque a été assez facile. « D’abord, on a été amis, raconte Bastien. Assez vite, on s’est dit qu’on allait travailler ensemble ». Les trois se décident pour une bande dessinée d’action, façon blockbuster de cinéma. « On n’y connaissait rien. Donc on a pu se marrer, créer nos propres codes. Ça n’est pas l’addition de deux univers distincts. On s’est créé un terrain de jeux à investir à trois ». ??Pas de compromis, mais beaucoup de relecture, de retouche des cases, des planches.

« Bastien nous faisait un dessin tout pourri, raconte Jérôme Mulot avec le sourire, alors, forcément, moi, je le refais en super beau, Ruppert voit ça, il fait des corrections donc c’est tout moche et Bastien en remet une couche par dessus ». Finalement, les trois se complètent. À Mulot les dialogues, Ruppert s’occupe des paysages, des personnages secondaires, Vivès dessine les trois personnages principaux. « Lui, il sait faire les gros plans, les visages », précise Jérôme Mulot (le duo dessine en général des faces sans visages dans ses autres albums). ??Au final, Bastien Vivès garde de cette collaboration une envie encore plus forte de travailler en groupe. « Je suis convaincu que la bande dessinée n’est pas un travail solitaire. Là, on se met au service de l’album ». Et Ruppert et Mulot ? « On a tellement été frappés par ses gros plans et ses visages qu’on s’est mis à en dessiner aussi ! Dans notre prochain album, les personnages auront des yeux, un nez, des sourcils. C’est très étrange, on n’en avait plus tracé depuis 2005 », conclut le monôme.