Milo Manara, itinéraire d’un maestro De Pratt à Caravage

Pour la première fois, Milo Manara se voit consacrer une rétrospective exceptionnelle au Festival d’Angoulême. De l’ébullition italienne des années 1970 à la rencontre avec Federico Fellini, des collaborations avec Hugo Pratt à son goût de la sensualité, cette exposition célèbre cinquante ans de carrière de ce maître de la bande dessinée mondiale.

×

Très souvent associé à ses grands succès érotiques, Milo Manara est pourtant l’auteur d’une œuvre d’une extraordinaire variété, qui s’étend de la fin des années 1960 à nos jours. Ce maître du dessin, dont il n’a cessé d’explorer les potentialités depuis la découverte de Jean-Claude Forest et Guy Pellaert, a su créer un univers graphique dont il est aujourd’hui l’unique dépositaire. L’œuvre de Milo Manara épouse l’histoire de l’Italie, ses soubresauts et ses révolutions. Cette exposition s’articulera en six chapitres, riches de 150 planches originales et documents rares ou inédits, qui permettront de découvrir la production d’un artiste profondément attaché à la culture italienne et à certaines de ses icones les plus illustres.

Le visiteur observera les débuts du jeune Milo, entre fumetti populaires et radicalité politique, avant que le dessinateur ne fasse le choix d’un engagement purement artistique au service de l’aventure, sur les conseils d’Hugo Pratt. Sa rencontre déterminante avec le créateur de Corto Maltese sera l’occasion de revenir sur les albums majeurs signés avec celui que Manara considère comme son mentor et alter ego : une expérience qui le voit amorcer une mue stylistique dans son dessin et s’éloigner de l’ombre tutélaire de Jean Giraud-Moebius.

Les années 1980, très riches, occuperont une place centrale dans cette rétrospective. Elles voient Manara accéder à la notoriété grâce au Déclic et au Parfum de l’invisible, mais le visiteur pourra découvrir le versant de son œuvre érotique sous un éclairage nouveau, privilégiant humour et sensualité. En outre, une large partie de l’exposition sera également consacrée au rapport entretenu par Manara avec le cinéma, en premier lieu Federico Fellini, dont le dessinateur fut un acteur clé des derniers projets. Correspondances, croquis et planches originales témoigneront de cette relation vivante et fertile, qui apprit à Manara à envisager sa propre technique en bande dessinée sous un autre jour.

Enfin, le dernier chapitre permettra de rendre hommage au compagnonnage de Manara avec de grandes figures de l’histoire artistique italienne, depuis l’adaptation d’Apulée jusqu’à la récente biographie de Caravage, ce mauvais garçon qui fit basculer la peinture dans une nouvelle ère.

-------------------------------

Milo Manara: the Journey of a Maestro
from Pratt to Caravaggio

 

The Angoulême Festival will host a first-ever retrospective on world-famous comics Master Milo Manara. Spotlight on his career over fifty years, encompassing the effervescence of 1970s Italy, the artist’s encounter with Federico Fellini, his collaborations with Hugo Pratt, the sensuality of his lines, and so much more.

Renowned for his erotic pieces, Milo Manara is lesser-known as the author of an extraordinarily wide range of works spanning from the late 1960s until now. Since he discovered the works of Jean-Claude Forest and Guy Pellaert the artist has tirelessly explored the boundaries of drawing, crafting his own original graphic realm inspired by the ebb and flow of Italian history. There will be six parts to the exhibition; the showcased 150 original comic strip pages and rare or hitherto unpublished documents will give visitors insight into the work of an artist deeply attached to the cultural heritage of Italy, as well as to a number of its illustrious icons.

The event will stage a retrospective on young Milo’s early days between popular fumetti and extreme political stances, before the cartoonist followed Hugo Pratt’s advice and opted for an artistic commitment to the adventure genre. Manara’s encounter with Pratt lays the perfect backdrop to rediscover the major comic books he co-authored with the father of Corto Maltese, whom he saw as his mentor and alter ego. This period marked a shift in his drawing style, away from the tutelage of Jean Giraud-Moebius.

In addition to shining a light on the vibrant 1980s when Milo Manara rose to fame with Déclic and Parfum de l’invisible, the retrospective will also present the artist’s erotic work from a new angle where humor and sensuality prevail. The exhibition will concurrently focus on Manara's relationship with the cinema, and with Federico Fellini in particular; indeed, he has played a significant role in the famed director’s latest works. Letters, sketches, and original comic strip pages will testify to a spirited and fruitful bond that taught Manara to approach his own technique in a new light.

Finally, the last part of the exhibition will pay tribute to Manara's connection with major figures in Italian art, from his adaptation of Apuleius’s tale to the recent biography of Caravaggio – the bad boy who brought the art of painting into a new era.